Modules

Communication interculturelle

Introduction

Le programme de Compétences en matière de communication et de culture est fondé sur des études de cas qui donnent des exemples de pratique médicale courante au Canada. Ces modules ne sont pas axés sur le diagnostic et le traitement. Ils portent plutôt sur la communication entre les professionnels de la santé et les patients. Veuillez noter que les modules ne visent pas à présenter la seule façon de gérer une situation. Ils visent à fournir une orientation quant à la façon d’aborder ces différents scénarios et d’y réfléchir.
  • Le deuxième cas, qui se déroule dans un hôpital universitaire, a pour thème la communication interculturelle. Le médecin est une résidente de médecine familiale et ses expériences sont typiques de ce que vivent les résidents.

    Ici aussi, nous trouvons du matériel interactif.

    Les autoévaluations initiales et le premier exercice de réflexion ont pour but de vous faire réfléchir à votre propre bagage culturel. Avant d’entreprendre les exercices de réflexion, vous aurez accès à des lectures qui vous aideront à acquérir certaines connaissances sur la communication interculturelle. Même si certains des exercices comportent des questions à choix multiples, il ne faut pas oublier que, souvent, il n’y a pas nécessairement une seule bonne réponse, mais plutôt des réponses meilleures ou moins bonnes que d’autres.

    Ici aussi, vous avez accès à des liens qui vous relient à une habitude sentinelle et à des objectifs précis, qui devraient être étudiés à mesure que se déroule le cas.

Objectifs liés aux rôles du CMC

Communicateur

  • Commencer une consultation en saluant le patient avec respect, en veillant à son confort et en requérant au besoin les services d’un interprète, et établir l’objet de l’entrevue en abordant avec le patient la raison de sa visite (1.1)
  • Lorsque cela est approprié, faciliter la collaboration entre le patient et sa famille, tout en accordant la priorité aux volontés du patient, en assurant la confidentialité et en respectant l’autonomie du patient (1.5)
  • Recueillir de l’information sur les inquiétudes, les croyances et les attentes du patient, de même que sur son expérience de la maladie (2.3)
  • Déterminer l’influence possible du contexte personnel et culturel du patient sur les choix qu’il fait (3.2)
  • Donner de l’information dans un langage clair et adapté au degré de compréhension du patient, en vérifiant ce qu’il comprend et en apportant au besoin les clarifications voulues (3.3)

 

Professionelle

  • Négocier avec le patient et sa famille, en respectant d’abord les souhaits du patient (2.3.1)
  • Reconnaître que les attitudes vis-à-vis de la confidentialité peuvent varier (p. ex. peuples autochtones, mineurs) (2.3.3)

Habitude sentinelle

  • Tient compte de l’expérience et de la situation du patient pour reconnaître et prendre en charge les problèmes

Actes professionnels non supervisés

  • Faire preuve de leadership et collaborer au sein d’équipes de professionnels de la santé (8)
  • Collaborer avec les patients, les familles et les membres de l’équipe interdisciplinaire (9)

 

Compétences essentielles

  • Acquiert et conserve la maîtrise de la connaissance, des compétences et des attitudes cliniques appropriées à la médecine interne (2)
  • Consulte avec d’autres professionnels de la santé de façon appropriée, reconnaît les limites de l’expertise de chacun (5)
  • Recueille de façon exacte et synthétise les renseignements pertinents et les points de vue des patients et des familles, des collègues et des autres professionnels de la santé (9)
  • Communique avec exactitude les explications et les renseignements pertinents aux patients et aux familles, aux collègues et aux autres professionnels (10)
  • S’assure que les patients, les familles et les autres professionnels ont une compréhension commune des questions, des problèmes et des plans en vue de la conception d’un plan de soins partagé (12)
  • Fait preuve d’un engagement envers les patients, la profession et la société au moyen d’une pratique conforme à l’éthique éthique (19)
  • Fait preuve d’une connaissance des codes déontologiques, juridiques et éthiques des médecins et la met en pratique (21)

La diversité culturelle au Canada

Le Canada est l’une des sociétés les plus diversifiées du monde sur le plan de la culture. Presque partout au Canada et peu importe son domaine de travail, un professionnel de la santé devra interagir avec des patients ou avec d’autres travailleurs représentant les groupes suivants :

  • Personnes nées au Canada dont les ancêtres sont venues d’Europe occidentale.
  • Descendants d’immigrants non occidentaux de deuxième ou de troisième génération, nés au Canada, qui connaissent ou non leur langue et leurs cultures patrimoniales.
  • Immigrants de longue date qui connaissent peu leur langue et leur culture patrimoniales.
  • Immigrants de longue date, qui connaissent la plus grande partie de leur culture patrimoniale, y compris la langue, et qui s’intègrent peu dans la société canadienne.
  • Immigrants de fraîche date, unilingues, qui connaissent peu ou mal les autres cultures.
  • Immigrants de fraîche date qui ont une vaste expérience interculturelle et peuvent parler plusieurs langues.

Éducation interculturelle

  • Dans les programmes de formation canadiens, on reconnaît qu’il faut que les apprenants — et les professeurs — acquièrent des connaissances, des compétences et des aptitudes touchant la communication interculturelle.
  • La sensibilisation à la culture et les compétences en communication sont deux des principaux thèmes des objectifs liés aux rôles du CMC.
  • Si, comme ils sont nombreux à le penser, les médecins doivent s’attendre à ce que chaque rencontre avec un patient soit teintée par la culture, de quelles compétences et de quelles connaissances ont‑ils besoin? Quelles attitudes sont nécessaires à une bonne communication interculturelle?
  • De nombreux médecins, de même que les responsables des programmes de formation, estiment que, pour acquérir une plus grande sensibilité culturelle, il faut surtout, et tout simplement, se renseigner davantage sur les autres cultures (Lingard et coll.). Une telle approche fondée sur les règles d’ordre culturel est clairement impossible à appliquer et peut mener à des stéréotypes culturels.
  • D’autres médecins estiment que le fait d’avoir vécu dans une autre culture ou d’être eux­­­­­­‑mêmes immigrants leur a permis d’acquérir une sensibilité ou des compétences culturelles. Cela n’est pas nécessairement vrai.

Bioéthique interculturelle
La sensibilisation croissante des milieux de la santé à l’égard des enjeux culturels a profondément influencé le champ de la bioéthique, un autre des thèmes majeurs des objectifs liés aux rôles du CMC. On remet en question l’approche occidentale standard, fondée sur les principes, qui est enseignée dans les écoles de médecine. Par exemple, le mouvement féministe a changé la manière dont nous concevons les soins aux patients, en particulier quand il s’agit des enjeux liés au sexe et à la reproduction. En outre, la mondialisation de la société, en particulier en ce qui concerne la santé, nous oblige à considérer la bioéthique sous l’angle interculturel. Cela soulève de nombreux problèmes et de nombreux enjeux. Si mes valeurs ne sont pas celles de mon patient, comment devrais‑je agir? Dois‑je tolérer la façon dont des patients d’une autre culture traitent certains de leurs membres, par exemple les femmes, si, selon ma perspective culturelle, je juge que ce comportement n’est pas éthique? Dois‑je agir en fonction des normes reconnues au Canada avec un patient qui, clairement, préfère ses propres normes culturelles?

Dans la présente étude de cas et dans les exercices de réflexion qui l’accompagnent, nous examinerons les trois aspects de la culture, de la bioéthique et de l’interaction entre ces deux concepts :

  • Réfléchir et être sensibilisé à sa propre culture, sur les plans personnel et médical. Cette partie concerne les attitudes.
  • Les compétences qui entrent en jeu dans la communication interculturelle.
  • La culture médicale canadienne et les aspects qui diffèrent de votre expérience précédente. Cette partie concerne les connaissances.

L’étude de cas a été conçue principalement à l’intention des diplômés des écoles de médecine de l’étranger, mais les médecins formés au Canada qui désirent améliorer leurs compétences interculturelles pourront aussi en bénéficier et examiner les commentaires qui l’accompagnent.

Autoévaluation

L’autoévaluation qui précède l’étude de cas comprend trois exercices, soit deux questionnaires d’autoévaluation et un exercice de réflexion. Ils doivent vous aider à évaluer vos connaissances, vos compétences et vos attitudes touchant les enjeux culturels qui se présentent dans le domaine médical. Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises réponses. Vous pourriez trouver utile de faire les exercices de nouveau après avoir terminé l’étude de cas et avoir lu les commentaires.

  • Donnez une brève description ou définition des termes suivants, sans consulter des ressources. Ensuite, comparez vos idées avec celles que l’on trouve dans la documentation sur l’éducation interculturelle.
    • Ethnocentrisme
    • Diversité
    • Compétence culturelle
    • Stéréotypes
    • Sensibilité culturelle
    • Bioculturalisme
  • Lisez les courtes descriptions qui suivent et qui se terminent toutes sur les questions suivantes : « Que feriez‑vous? Seriez‑vous à l’aise ou non d’intervenir dans cette situation? » Vous n’avez pas à répondre à la première question, on vous demande seulement d’y réfléchir. Si vous avez déjà vécu l’une de ces situations, réfléchissez à ce que vous avez fait et demandez‑vous si vous auriez pu agir différemment. Choisissez une réponse dans l’échelle suivante :

Exercice de réflexion nº 1

Lisez le document intitulé « Becoming interculturally competent » de Milton J. Bennett.

Dans cet article, M. J. Bennett décrit les six stades de la « sensibilité interculturelle ». On reconnaît généralement que l’acquisition de ce type de compétences est nécessaire au travail d’un professionnel dans un environnement multiculturel. Après avoir lu l’article, faites les exercices. Réfléchissez au stade de sensibilité interculturelle que reflète chaque scénario. À quel stade vous situeriez‑vous si vous deviez intervenir dans un cas semblable? À quel stade un médecin canadien devrait-il se situer, à votre avis?

  • Un médecin a hospitalisé un homme âgé d’origine chinoise qui vient de subir un grave accident vasculaire cérébral. Le patient ne réagit qu’à la douleur, et le médecin estime peu probable son rétablissement. L’épouse du patient ne parle pas français, et leur fils et leur fille vivent tous les deux à l’extérieur de la ville. Le médecin a lu quelque part que, selon la culture chinoise, c’est le fils aîné qui est responsable de son parent, dans une telle situation, et qu’il doit prendre les décisions. Il décide d’attendre l’arrivée du fils plutôt que de demander l’aide d’un interprète pour discuter avec l’épouse du patient.
  • Un médecin résident s’adresse à son superviseur :
    « J’ai de la difficulté à gérer le diabète d’un de mes patients d’origine indienne. Selon son dossier, lorsqu’il était en Inde, son taux de sucre était bien contrôlé grâce à des hypoglycémiants oraux, mais ces médicaments ne semblent plus efficaces, aujourd'hui. Je ne comprends pas pourquoi. »

    Voici ce que son superviseur lui répond :
    « L’hyperglycémie n’a aucun lien avec le milieu environnant. Réfléchissez au problème comme s’il s'agissait de n’importe quel patient. Quelles sont habituellement les causes d’un mauvais contrôle? »
  • Une infirmière dépose une plainte au bureau de l’ombudsman de l’hôpital. Elle soutient que les infirmières en chef font preuve de discrimination à l’égard des infirmières d’origine caribéenne. Elle explique qu’elle a entendu une infirmière gestionnaire, de race blanche, dire aux infirmières d’origine caribéenne de parler « un bon » français, de façon que leurs patients et collègues puissent les comprendre. Une autre fois, elle l’a entendue parler à une autre infirmière des « immigrants sans éducation », et elle s’est dit qu’elle parlait des infirmières caribéennes.
  • Un psychiatre dit à son collègue :
    « J’ai reçu un patient intéressant, l’autre jour. C’est un Latino‑Américain qui avait pris sans succès des ISRS contre une dépression. On l’a étiqueté comme un patient qui n’observait pas son traitement, ce qui est probablement vrai, en un sens. Il est certain qu’il somatisait, comme ils sont si nombreux à le faire, mais il vit au Canada depuis longtemps et, à de nombreux égards, il est assez bien intégré. C’était fascinant de voir comment, chez lui, l’ancien et le nouveau se mêlaient. Peut‑être qu’en période de stress, sa première culture prenait le dessus. J’ai pu voir à quel point il était déchiré, parfois, entre son épouse et les autres membres de sa famille. De toute façon, il était difficile de dire, étant donné qu’il extériorise ses problèmes, s’il fallait le traiter à l’aide de médicaments ou d’une psychothérapie. En fait, je crois que le mieux serait probablement de le convaincre de prendre ses médicaments. »

 

Suivant : Partie nº 1

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