Modules

Communication avec les adolescents

Partie nº 2

La Dre Burnside dirige Kelsey vers la diététicienne de la clinique du diabète de l’hôpital de la région. La diététicienne travaille surtout auprès de patients diabétiques, mais la Dre Burnside espère qu’elle pourra donner à Kelsey quelques conseils au sujet des bonnes habitudes alimentaires.

Kelsey revient voir la Dre Burnside, un mois après sa première consultation, et elle est cette fois‑ci accompagnée par sa mère. Elles sont de toute évidence en colère l’une contre l’autre.

  • Dre Burnside: Kelsey, ton indice de masse corporelle est passé de 17 à 16 ! Il a bougé, mais dans le mauvais sens.

    Mme Cournoyer : Docteure, vous m’aviez dit que Kelsey devait manger davantage et j’ai pourtant essayé, mais elle refuse. J’ai cuisiné des plats spéciaux, j’ai même essayé de suivre le plan de la diététiste, mais elle ne m’écoute pas.

    Kelsey : Je mange ce que j’ai besoin et à ma faim, tu ne peux pas me forcer.

    Dre Burnside : Bon, bon, pas besoin de se fâcher là.

    Kelsey : Je ne suis pas fâchée… je suis assez vieille pour prendre mes propres décisions sur mon apparence et mon alimentation.

    Mme Cournoyer : Pas en te comportant comme ça, mademoiselle. Écoute, tu es toujours notre fille et tant que tu vivras sous notre toit, tu feras ce qu’on te dit de faire…

    Dre Burnside : Ok, ok, on se calme, ons ne fera jamais de progrès comme ça là. Mme Cournoyer, est-ce que votre mari pourrait peut-être …

    Mme Cournoyer : Oh, pas besoin de mon mari pour régler ça, ok? Excusez-moi, désolée, mais c’est qu’il est à l’extérieur de la ville en ce moment…

    Kelsey : Comme d’habitude.

    Mme Cournoyer : …Il est en voyage d’affaire en ce moment à l’extérieur de la ville, ok?

    Dre Burnside : Ok.

    Mme Cournoyer : Et puis de toute façon, il n’a pas une bonne compréhension de la situation. Et Kelsey et lui ne s’entendent pas bien depuis ces temps-ci. Donc, quand son entraîneur de ski nous a appelé pour nous dire…

    Kelsey : Maman!

    Mme Cournoyer : … Qu’il la suspendait de l’équipe parce qu’il l’avait surprise en train de vomir…

    Kelsey : Maman!

    Mme Cournoyer : … Et parce qu’elle ne maintenait pas son poids, mon mari est devenu fou

    Kelsey : Il prend toujours la part de mes frères, et vous devriez les entendre parler de nourriture à la table…

    Mme Cournoyer : Au moins ils mangent eux…

    Kelsey : Quand ils sont là.

    Dre Burnside : Bon, bon, ok. Mme Cournoyer, je comprends très bien que vous ne voulez que le bien de votre fille là. Kelsey, si tu ne parviens pas à manger davantage, et à le faire par toi-même, peut-être qu’on devrait faire appel à un spécialiste en la matière. Je ne suis pas une experte, je n’ai pas toutes les réponses, vous comprenez?

    Mme Cournoyer : (hoche la tête)

    Dre Burnside : Donc peut-être que quelqu’un de l’extérieur …il faudrait bien-sûr que je fasse une recherche pour voir quelles ressources sont à notre disposition, mais je crois qu’un psychologue ou encore un travailleur social serait beaucoup mieux outillé pour vous aider. Si tu voulais bien Kelsey rencontrer cette personne pour échanger avec elle, si tu le veux… soit seule ou encore avec tes parents.

    Mme Cournoyer : Oui, ça serait bien.

    Kelsey : Pas d’accord, je n’ai pas besoin qu’on me dise quoi faire.

    Mme Cournoyer : C’est ça vous voyez? C’est toujours comme ça…

    Kelsey : …Je mange assez, je mange santé…

    Mme Cournoyer : …C’est comme ça toujours…

    Dre Burnside : Bon, écoutez, Mme Cournoyer, est-ce qu’il serait possible d’avoir un petit moment, seule à seule avec Kelsey, je pense que ça pourrait être utile, ça va?

    Mme Cournoyer : T’écoute le docteure! Tu m’entends mademoiselle?

    Dre Burnside : Merci…

    (La mère quitte la pièce)

    Dre Burnside : Eh bien, Kelsey, on dirait que toi et ta mère, toi et tes parents vous ne vous entendez pas très bien, hein?

    Kelsey : Ils me disent quoi faire et me critiquent tout le temps…

    Dre Burnside : Et puis tu n’es plus une enfant, donc il est normal que vous vous chicaniez de temps en temps, je comprends. Mais je ne suis pas sûre que tu comprennes à quel point ce problème d’alimentation est sérieux. Peux-tu m’expliquer pourquoi tu as peur de manger?

    Kelsey : Je n’ai pas peur, je mange, juste pas ce qu’ils veulent…je ne veux pas engraisser, vous comprenez? Maman va chez Weight Watchers vous savez, elle fait attention à son poids elle aussi.

    Dre Burnside : Oui, mais il y a toute une différence entre manger santé et être trop mince et tu es trop mince…

    Kelsey : Mais…

    Dre Burnside : …Que tu le penses ou non, tu es trop mince Kelsey. J’espère vraiment que tu vas accepter de rencontrer quelqu’un, peut-être même quelqu’un qui…vous aidera tous à mieux vous entendre…

    Kelsey : Pas besoin de ça.

    Dre Burnside : Ben moi, je pense que oui, et c’est moi le médecin et c’est exactement ce que je vais recommander à ta mère.

  • Dre Burnside: Je me suis emportée un peu… je veux bien l’aider, mais je ne sais pas comment m’y prendre avec les adolescents. Quelle famille dysfonctionnelle… je me souviens du père, un vrai Type A… pas surprenant que Kelsey ne s’entende pas bien avec lui. Bon, je pourrais faire une recherche sur les troubles alimentaires, mais quand j’aborde ça avec elle ensuite… j’ai vraiment besoin d’aide avec tout ça moi.

Exercice de réflexion nº 2

Dans les cas précédents, nous avons examiné deux aspects du consentement : le consentement libre et la divulgation d’information. Pour le présent exercice, nous allons examiner le troisième aspect, celui de la capacité, en particulier chez les enfants et les adolescents. Nous allons également envisager la question de la confidentialité touchant ces groupes d’âge.

Commentaires

Le consentement éclairé chez les adolescents est un cas particulier de cet enjeu bioéthique courant. Il exige une prévenance particulière de la part du médecin, étant donné que la relation entre un médecin et son patient est différente lorsqu’il s’agit d’enfants ou d’adolescents. L’évaluation de la capacité est plus problématique dans le cas des enfants et des adolescents. En effet, ces derniers ne se développent pas tous au même rythme, et leurs valeurs, de même que leur capacité à prendre la mesure d’événements futurs, changent avec le temps. Leur capacité de comprendre et de juger différentes situations varie davantage selon les circonstances qu’elle ne le fait chez les adultes. C’est pourquoi la désignation de « mineur  mature » varie également selon les cas plutôt que selon l’âge. Un enfant âgé de 10 ans peut très bien comprendre et accepter le traitement pour une infection de l’oreille, mais il ne comprendra peut‑être pas toutes les options que suppose un traitement contre le cancer.

Le trouble de l’anorexie en lui‑même pose une difficulté supplémentaire. Cette maladie entraîne en partie un refus du besoin de traitement. Il faut ajouter à cela le fait qu’un cerveau mal nourri peut mal fonctionner. Tout cela fait en sorte qu’il est très difficile de déterminer la capacité d’un patient comme Kelsey. La notion de résistance au traitement, plutôt que de refus du traitement, peut être utile, comme l’a observé MacDonald (2002). On ne peut pas non plus s’appuyer sur des textes de loi étant donné que, même s’il y a des différences au chapitre de l’âge légal du consentement selon la province ou le territoire, en pratique, une personne doit être jugée capable, sauf si on prouve qu’elle est inapte, et ce, peu importe son âge.

Les enjeux éthiques liés à la confidentialité sont un peu plus clairs. Si on suppose que Kelsey est une personne capable de prendre des décisions la concernant, elle a comme tout le monde droit à la confidentialité. La Dre Burnside avait raison de demander à discuter en privé avec sa patiente, mais elle aurait probablement dû en profiter pour discuter avec elle de la question de la confidentialité. Elle aurait dû demander, et elle aurait probablement obtenu, sa permission avant d’inclure sa mère dans la discussion au sujet du traitement. Toutefois, si Kelsey avait refusé, qu’aurait‑elle pu faire?

La dernière question concerne la perte de maîtrise de soi de la Dre Burnside, qui a fini par se fâcher. Cela reflète probablement son malaise et le sentiment qu’elle a de ne pas avoir la situation en main. C’est vraiment plus facile de parler à Mme Cournoyer, comme nous le verrons plus tard. Aurait‑elle dû présenter ses excuses à Kelsey? Au moins, elle est consciente de ses sentiments et des gestes qu’elle pose. L’introspection est une partie importante des aptitudes à la communication, et les médecins qui pensent pouvoir toujours rester neutres sur le plan des émotions et des valeurs se trompent. Connaître ses propres limites et être prêt à demander de l’aide sont des comportements professionnels attendus, comme il est indiqué dans les objectifs liés aux rôles du CMC.

Les documents suivants traitent de la question du consentement et de la confidentialité des patients adolescents :

Exercice de réflexion nº 3

Étiquette des courriels

La Dre Burnside décide de demander l’aide d’un collègue, et il lui envoie un courriel.

Les communications électroniques sont quasiment la norme, dans les milieux professionnels. Cette forme de communication présente de nombreux avantages, mais elle peut également entraîner des problèmes imprévus lorsque les normes ou les règles sociales ne sont pas respectées. Supposons que vous utilisez le courriel pour des motifs personnels ou professionnels; réfléchissez aux questions suivantes :

  • Avez‑vous déjà reçu d’une de vos connaissances un courriel qui a provoqué une réaction émotionnelle, comme la colère ou l’irritation? Comment avez‑vous réagi?
  • Avez‑vous déjà ouvert par erreur un pourriel en raison de l’objet énoncé?
  • Avez‑vous déjà supprimé un courriel, en raison de l’objet énoncé, pour vous rendre compte plus tard que vous auriez dû l’ouvrir?
  • Avez‑vous déjà envoyé ou reçu un courriel qui a aussi été distribué à des destinataires imprévus?
  • Avez‑vous déjà supprimé sans le lire un courriel qui était trop long?

Lisez maintenant les courriels que se sont échangés la Dre Burnside et sa collègue.

À : hhalgen@yellhoo.com
De : w.burnside@hottalk.com
Objet : patiente problématique — sacrés adolescents!

Bonjour Harvey,

J’espère que ton nouveau cabinet te plaît. Comment vous en tirez‑vous? Nous sommes occupés, depuis ton départ. Je dois maintenant faire deux quarts de travail à l’urgence par semaine comment vont ta femme et tes enfants? Est‑ce que Josh s’habitue à une nouvelle école? Je me souviens que tu étais inquiet. Shirley vous fait dire bonjour.

Enfin — J’aimerais te demander de l’aide. J’ai une patiente de 15 ans qui souffre peut‑être d’anorexie. La mère est tout simplement incapble de faire face à la situation, et le père est absent la plus grande partie du temps; je me demande parfois ce qu’il fabrique. Évidemment, la jeune fille nie avoir un problème. C’est un cas typique d’enfant avec qui il est impossible de discuter. On dirait que je n’arriver pas à me faire comprendre… Il faut dire que la plupart de mes patients ont depuis longtemps dépassé la cinquantaine! Ha! Ha! La diététicienne de notre clinique du diabète lui a proposé un régime, mais je ne crois pas qu’elle en fasse grand cas. Je ne sais pas vraiment quoi faire de plus, et je ne suis même pas certain qu’elle soit malade. Je me souviens que tu as déjà traité un cas semblable — qu’avais‑tu fait?

Au plaisir,
Wendy

Réponse

Je suis heureux d’avoir de tes nouvelles, Wendy. Toute la famille va bien, je te remercie, et j’ai de plus en plus de patients.

On dirait que tu as hérité d’un cas intéressant. Il est vraiment difficile de communiquer avec des adolescents. J’en fais moi‑même l’expérience avec mes enfants. Je me souviens du cas dont tu parles. Mais il s’agissait d’une adulte, une jeune femme, qui souffrait de boulimie. Je l’ai aiguillée vers un travailleur social qui lui a offert des consultations psychologiques. Tu pourrais essayer cette solution, surtout s’il y a un conflit au sein de la famille. Je ne connais pas les autres ressources offertes dans ton coin, mais j’imagine qu’il n’y en a pas dans ta clinique. Essaie le lien suivant : http://findasocialworker.ca. Tu obtiendras une liste des intervenants en pratique privée.

Bonne chance,
Harvey

Objet des courriels

  • Que pensez‑vous de l’objet du courriel de Wendy?
  • Si vous ne connaissiez pas bien l’expéditeur, ouvririez‑vous ce courriel?
  • Qu’est‑ce que le choix des mots révèle sur l’attitude de Wendy à l’égard des adolescents?

Exercice
Complétez cet exercice à titre informatif (vous n’avez rien à remettre).

  • Trouvez un autre objet pour le courriel de Wendy.
  • Corps du courriel : problèmes de protection des renseignements personnels
  • Le courriel a‑t‑il été envoyé à une adresse personnelle ou à une adresse de bureau?
  • S’il s’agit d’une adresse personnelle, qui est susceptible de lire le courriel? Dressez une liste complète.
  • Si le courriel a été envoyé à une adresse de bureau, qui est susceptible de le lire? Dressez une liste complète.
  • Pour quelles raisons se pourrait‑il que personne ne lise ce courriel s’il a été envoyé à un bureau?

Corps du courriel : problèmes touchant le contenu

Réfléchissez aux questions suivantes avant de terminer cet exercice de réflexion.

  • Dans son courriel, Wendy parle de sujets personnels et professionnels à la fois. Est‑ce acceptable?
  • Le cas échéant, quel type de notes ou de salutations personnelles sont appropriées à une communication professionnelle? Quelle place doivent‑elles occuper?
  • Wendy fait quelques remarques au sujet de Kelsey et de sa famille. Pensez à d’autres personnes qui pourraient voir ce courriel, même si aucun nom n’est donné. (P. ex. l’assistante de Harvey pourrait faire partie du même groupe Weight Watchers que Mme Cournoyer et pourrait avoir entendu quelques bribes de conversation au sujet des problèmes de sa fille.)
  • Quel volume et quel type d’information Wendy doit‑il donner à Harvey?
  • Que pensez‑vous de l’écriture (orthographe, grammaire, etc.)? Qu’est‑ce que le destinataire peut penser de l’expéditeur lorsqu’il reçoit un courriel bâclé?
  • Harvey a‑t‑il une obligation légale ou morale à l’égard de la patiente, s’il donne des conseils à Wendy?

Exercice
Après avoir lu la documentation suggérée et après avoir réfléchi aux questions :

  • Rédigez de nouveau le courriel de Wendy.
  • Consultez la ressource Internet suggérée par Harvey ou une ressource semblable existant dans votre région.

Vous n’avez rien à soumettre pour cette partie de l’exercice de réflexion.


 

Suivant : Partie nº 3

Continuer