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Communication interculturelle

Conclusion

Entre-temps

Betsy décide de ne pas participer à l’essai clinique, mais elle se soumet à l’opération chirurgicale et suit une radiothérapie pour son dos. Elle reçoit son congé de l’hôpital. On lui a donné des analgésiques contre la douleur, mais elle n’est pas suffisamment en forme pour gérer son restaurant. Elle embauche le fils d’un ami qui aidera Dani.

Trois mois plus tard

Betsy éprouve des douleurs accrues au dos et dans la région pelvienne. Elle est de plus en plus faible et parfois confuse. Elle a la nausée et il lui arrive de vomir. Elle est hospitalisée de nouveau. C’est une autre équipe de résidents qui travaille dans l’unité, et un autre résident a été affecté au dossier de Betsy. Il s’adresse à Elsi et à Mado.

  • Dr Harrell :  Bonjour. Je suis le docteur Harrell. Je suis le chef de division de ce service. Je voulais vous rencontrer pour parler de votre mère…

    Elsi : Que faites-vous ici? Je croyais que c’était docteure Tyson qui s’occupait de notre mère.

    Dr Harrell : C’est que nous faisons des rotations ici, d’un service à un autre et la docteure Tyson a entamé une nouvelle rotation la semaine dernière.

    Elsi : Ah… bon…

    Dr Harrell : Eh bien, j’ai lu le dossier de votre mère, je l’ai examinée moi-même. Je n’ai pas de bonnes nouvelles… Son cancer s’est propagé. Il y a très peu à faire pour elle pour le moment, sauf d’assurer son confort du mieux que nous pouvons…

    Elsi : Comment ça qu’il n’y a rien à faire? Il doit y avoir quelque chose. Il était question de deux traitements expérimentaux il y a deux semaines…

    Mado : Elsi, il faut en parler à Maxon.

    Elsi : On ne peut pas en parler à notre frère.

    Mado : Elsi, il le faut…

    Elsi : Si on en parle à Maxon, maman saura que la fin est proche.

    Mado : C’est quasiment la fin, Elsi. Il faut y faire face! C’est la fin.

    Elsi : On ne peut pas lui dire!

    Mado : Elsi, laisse-moi dire ça à maman.

    Elsi : Non!

    Mado : (à Dr Harrell) Écoutez, notre mère n’est au courant de rien. Elle ne le sait pas. La docteure Tyson est au courant de notre situation. Si vous lui parlez, elle vous expliquera tout.

    Dr Harrell : Votre mère ne le sait pas?

    Elsi : Non. Notre mère ne le sait pas.

    Dr Harrell : Elle doit savoir qu’elle est en train de mourir. Elle est très malade… Elle doit vouloir savoir qu’elle est en train de mourir… elle doit vouloir régler ses affaires…

    Mado : Elle ne le sait pas malheureusement.

    Dr Harrell : Je dois vous dire une autre chose. Dans une situation comme la sienne, il est impossible de prévoir ce qui peut se passer. Alors nous aimerions placer une ordonnance de non-réanimation dans son dossier. Ça, ça veut dire que…

    Mado : Je sais ce que cela veut dire. Je l’ai vu à la télé. C’est quand on ne fait rien pour réanimer le patient; on le laisse mourir.

    Elsi : Il faudra qu’on en parle à notre père. Je suis certaine qu’il voudra que vous fassiez tout ce que vous pouvez pour aider notre mère.

    Dr Harrell : Je vous prie de lui demander de venir nous en parler. Mais il faut que vous sachiez… que les médecins ne feront rien qu’ils ne jugent pas utile dans son cas. S’ils croient qu’ils ne feraient que prolonger sa souffrance, ils ne feront rien. L’essentiel pour le moment, c’est de contrôler sa douleur et de voir à son confort. Vous comprenez?

    Elsi et Mado : Oui. Merci.

Conclusion

Le personnel médical accepte de ne pas inscrire au dossier de Betsy un ordre de ne pas réanimer (NPR) jusqu’à l’arrivée de Maxon, qui pourra dire au revoir à sa mère. Betsy meurt en paix, une semaine plus tard, et n’a jamais parlé avec les membres de sa famille de sa maladie.

Réflexion sur la pratique

Ordonnance de non-réanimation, acharnement thérapeutique, limites du traitement

Ce dernier exercice de réflexion ne vous propose aucun choix de réponses. Vous devez réfléchir à la situation à la lumière du cas de la famille Exantus et de la documentation suggérée. Essayez de vous mettre à la place des médecins concernés. Répondez aux questions suivantes :

  • Quels intervenants devront être consultés ou devront participer à votre décision?
  • Quels renseignements chacun de ces intervenants pourrait‑il vous donner?
  • Si vous deviez expliquer votre raisonnement aux membres d’un comité de déontologie, quels arguments présenteriez‑vous?

La prise de décisions à la fin de la vie est un des dilemmes d’éthique les plus fréquents et les plus visibles auxquels font face les travailleurs de la santé. Les patients ou les membres de leur famille peuvent‑ils exiger que tout ce qui est possible soit fait? Les médecins sont‑ils obligés d’accéder à leurs demandes, s’ils sont en désaccord? D’un autre côté, les médecins ou les hôpitaux peuvent‑ils imposer une ordonnance de non‑réanimation ou encore l’interruption du traitement de survie?

En quoi cela peut‑il nous aider? Nous n’avons pas cette obligation, ce qui semble dire que nous avons une certaine discrétion professionnelle au moment de prendre une décision. Mais de quels renseignements allons‑nous nous servir? Qu’est‑ce qui constitue un « avantage », et qui en profite? Quel avantage ou quelle absence d’avantage recouvre la notion de « presque certainement pas »? Une probabilité de 10 %, de 1 %, de 0,01 %? Faut‑il donner préséance à nos valeurs et à notre opinion de professionnel, ou aux valeurs et aux opinions du patient ou de son mandataire?

Réfléchissez aux scénarios suivants et décidez de ce que vous devriez faire en vous fondant sur l’information et les arguments que vous avez formulés plus tôt.

  • Un homme âgé de 85 ans, qui souffre de broncopneumopathie chronique obstructive et de démence, s’effondre à l’heure du dîner. Le personnel du centre d’hébergement où il réside entreprend une réanimation cardiorespiratoire (RCR) et appelle l’ambulance. La RCR se poursuit pendant 15 minutes, jusqu’à ce que l’ambulance arrive à l’urgence. Le personnel de la salle d’urgence devra‑t‑il poursuivre la RCR? Justifiez votre réponse.
  • Une femme âgée de 32 ans, mère de trois enfants, est victime de l’incendie de sa maison. Quand elle arrive à l’unité de soins aux brûlés, on constate des brûlures au troisième degré sur plus de 80 % de son corps. Le personnel de l’unité sait que, selon les probabilités, ses chances de survie sont de moins de 10 %. Elle souffre beaucoup. La politique de l’établissement consiste à offrir à des patients de ce type des médicaments palliatifs jusqu’au décès « inévitable ». Est‑ce que cette politique est défendable a) sur le plan moral? b) sur le plan juridique?
  • Le Dr Harrell dit qu’il fera inscrire une ordonnance de non‑réanimation dans le dossier de Betsy et affirme que les médecins ne feront rien qui pourrait prolonger son agonie. Est‑ce une décision défendable, moralement ou juridiquement?
  • Un patient comateux, dont plusieurs organes ont cessé de fonctionner, réside depuis deux mois dans l’unité des soins intensifs et est branché à des systèmes essentiels au maintien de la vie. Le personnel estime qu’il n’a aucune chance de se rétablir. La famille refuse l’interruption des soins, invoquant ses convictions religieuses. Après une longue discussion avec les membres de la famille, les responsables de l’hôpital ont demandé une ordonnance d’un tribunal afin de mettre fin au traitement. Est‑ce une décision acceptable? Y a‑t‑il une différence entre l’abstention de traitement et l’interruption de traitement?

Quand vous réfléchirez à ces questions, appuyez‑vous sur les lignes directrices des politiques touchant les soins en fin de vie et les ordonnances de non‑réanimation en vigueur dans votre province ou territoire. L’hôpital où vous travaillez a‑t‑il adopté de telles lignes directrices? L’article suivant contribuera à votre raisonnement.

Lisez « When is medical treatment futile? » de D.L. Kasman.


 

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