Modules

Santé des Autochtones

Brève histoire de la santé des Autochtones, 1600-2015

Il est difficile de comprendre les attitudes des Autochtones et des non-Autochtones d’aujourd’hui si on connaît mal l’histoire des interactions entre les Autochtones et les Européens qui ont colonisé le Canada. Nous allons vous présenter quatre aspects des interactions entre les Autochtones et les non‑Autochtones qui ont modelé la situation actuelle touchant la santé des peuples autochtones au Canada : le territoire, la langue, les coutumes et les enfants. Cette histoire est racontée par les Autochtones eux‑mêmes, soit par écrit, soit oralement; les extraits vidéo offrent le témoignage d’aînés des Premières Nations. Des représentants des médias et du gouvernement prennent aussi part au récit.

Quelques définitions

Comment doit-on appeler les peuples qui vivaient ici lorsque les Européens sont arrivés, au XVIe siècle? Même si on retrouve encore le terme « Indiens » dans certaines publications et certains documents gouvernementaux rédigés il y a un certain temps (p. ex. Loi sur les Indiens), c’est le terme « Autochtones » qui est le plus couramment utilisé et accepté au Canada pour désigner les trois groupes suivants : Premières Nations, Inuit et Métis.

Autochtones

Le terme « Autochtones » est un terme collectif utilisé pour désigner tous les premiers habitants du Canada. Il comprend les trois groupes suivants : Premières nations, Inuit et Métis.

Premières Nations

Le terme « Premières Nations » fait référence aux peuples autrefois appelés « Indiens ». Les Premières Nations comprennent plus de 600 nations dont la langue et la culture diffèrent; les Premières Nations ne devraient pas être considérées comme un peuple homogène.

Métis

Les Métis sont de sang mêlé. Leurs ancêtres étaient au départ des Indiens et des Français qui s’étaient établis dans les Prairies. Ce n’est qu’en 2013 que les Métis ont été considérés comme des Autochtones du Canada au titre de l’article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982. Avant cette modification, ils étaient en grande partie laissés de côté dans le cadre des négociations politiques entre le gouvernement canadien et les peuples autochtones.

Inuits

On appelait autrefois « Esquimaux » les Autochtones de l’Arctique. Leur culture est très différente de celle des Premières Nations et des Métis.

Aperçu de l’histoire des relations entre les Autochtones et les Européens

De nombreux auteurs ont dit que la situation des peuples autochtones au Canada était semblable à celle du tiers monde, puisqu’ils ont été plongés dans la pauvreté parfois de manière délibérée, parfois au moyen d’un « génocide culturel » irréfléchi.

[Traduction] « Lorsque les Européens sont arrivés au Canada, ils ont rencontré des sociétés riches et complexes comptant plus d’une cinquantaine de nations distinctes. L’arrivée des Européens a radicalement modifié les peuples autochtones du Canada. Au XVIIIe et au XIXe siècle, les Autochtones se sont battus aux côtés des Français et des Anglais; ils ont été pourchassés au point d’être exterminés, à Terre‑Neuve, et les maladies venues d’Europe ont décimé leurs populations. Au XIXe et au XXe siècle, au moyen des lois, le Canada a tenté de faire disparaître les cultures autochtones. Le postulat officiel voulait que l’assimilation mette fin au « problème » des Indiens… Les Amérindiens et les Inuits ont réagi de diverses manières à la pression constante de la colonisation; ils ont par exemple tenté de collaborer, parfois de résister, et ont pris diverses mesures politiques réfléchies pour préserver leur territoire et leur culture. » (O. Dickason, 2009)

Lisez l’article qui suit avant de poursuivre :

Si vous désirez explorer davantage ces questions, sachez que de nombreux ouvrages portent sur le sujet. Nous proposons en particulier les deux ouvrages suivants :

Le territoire

Les premiers contacts entre Autochtones et Européens ont eu lieu dans le cadre de la chasse à la baleine, de la pêche et du commerce des fourrures. Les Autochtones, experts dans ces domaines, ont très volontiers conclu des ententes commerciales. Les petits établissements temporaires des Européens ne représentaient pas une menace; les nouvelles maladies, cependant, représentaient un danger. Lorsque les colons européens ont commencé à occuper l’Amérique du Nord, les tensions sont devenues plus vives avec les peuples autochtones, dont l’attitude à l’égard de la propriété du territoire et de l’économie était assez différente. La propriété individuelle et l’approche capitaliste de la richesse, représentées par les colons, étaient non seulement étrangères aux peuples autochtones, mais en contradiction avec leurs convictions spirituelles et morales, qui reflétaient une gérance commune du territoire et le partage des ressources.

À mesure que la colonisation exigeait davantage de territoires, les bandes des Premières Nations et les gouvernements britannique, fédéral ou provinciaux ont conclu un certain nombre d’ententes puis de traités numérotés. La position du gouvernement, dans ces traités, consistait à convaincre les Autochtones d’abandonner leur mode de vie en échange de terres de réserve et de quelques biens et services qui les aideraient à s’adapter à leur nouvel environnement. Bon nombre de chefs autochtones étaient des négociateurs avisés, et ils se sont rendu compte de ce qui se passait, mais les gouvernements ont appliqué le principe « c’est à prendre ou à laisser » et ont rédigé les conditions des traités sans consultation. Par la suite, dans de nombreux cas, les gouvernements n’ont pas tenu leurs promesses : ils ont exproprié davantage de territoires autochtones ou ont permis aux colons de s’y installer. Les peuples autochtones ont protesté et leurs revendications territoriales se poursuivent encore aujourd’hui. Elles sont une des grandes sources de leur méfiance et de leur animosité à l’égard des non‑Autochtones et du gouvernement. En voici deux exemples.

La rivière Grand

Dans les années 1820, la Grand River Navigation Company a voulu aménager une voie navigable sur la rivière Grand. La bande Six Nations s’est opposée à ce projet, qui entraînerait l’inondation de sa réserve et la destruction de sa zone de pêche. Malgré tout, le gouvernement du Haut‑Canada (qui deviendra plus tard l’Ontario) a soutenu l’entreprise en achetant pour 160 000 $ d’actions avec les fonds de la bande, sans le consentement de cette dernière. En plus des territoires inondés, 369 acres de terres de réserve ont été données à l’entreprise, encore une fois sans le consentement de la bande. La Grand River Navigation Company a fait faillite, et la bande Six Nations réclame depuis un dédommagement. L’affaire a été portée devant la Cour suprême du Canada et n’est toujours pas réglée.

Ipperwash

Au début de la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement de l’Ontario a exproprié la bande d’Ipperwash de terres dont il avait besoin pour l’effort de guerre, en promettant de les restituer dès la fin des hostilités. Après avoir présenté en vain de nombreuses requêtes pour récupérer ses terres, la bande a organisé une manifestation pacifique à Ipperwash en 1995. Un agent de la police provinciale de l’Ontario a tué un membre non armé de la bande, Dudley George; une enquête provinciale a suivi. Les constatations ont été publiées le 31 mai 2007. Voici un extrait du Globe and Mail :

[Traduction] « La principale cause de la frustration, de la méfiance et du malaise qu’éprouvent les peuples autochtones de l’Ontario tient au fait que nous n’avons jamais voulu régler de manière juste et expéditive nos violations des traités et de nos autres obligations juridiques à l’égard des Premières Nations. [La façon dont le gouvernement règle les revendications est] peu efficace, d’une lenteur mortelle et inéquitable […] Elle témoigne en outre d’un manque de transparence et de responsabilité. » (Juge Sidney Linden, cité dans le Globe and Mail, le vendredi 1er juin 2007).

La langue

Écoutez le témoignage d’un homme Anishinabé Ojibwé qui parle de l’importance de la langue.

  • Ma mère était, et je suis Anishinabé Ojibwé. Nous avons entendu notre mère parler ojibwé que le jour où elle est morte à l’âge de soixante-neuf ans. Quand elle était à l’agonie, elle s’est mise à parler ojibwé et je me suis dit : quel triste constat! Vous savez, ce n’est que lorsqu’elle était allongée sur son lit de mort qu’elle a senti qu’elle avait la permission de parler sa langue, parce qu’elle était en train de mourir. Vous savez, quand vous êtes ridiculisé à cause de votre langue. Et je ne sais même pas si elle a fréquenté le pensionnat, car ce n’est pas quelque chose dont elle nous a parlé. Il est possible qu’elle l’ait fréquenté. Elle n’a jamais rien dit à ce sujet.

    Mais je pense que le fait qu’elle n’a jamais parlé sa langue en dit long sur la possibilité qu’elle ait fréquenté un pensionnat, où elle n’avait pas le droit de parler sa langue, n’avait pas le droit de participer aux cérémonies. Vous savez, avoir droit aux choses importantes qui cimentent une culture — la langue, la religion, les traditions, la culture — le tout englobé ensemble. Et quand on pense qu’on vous l’a refusé, il n’est pas étonnant que ses gens, les membres des Premières Nations, soient sans abris. Et il n’est pas étonnant qu’il y ait de la colère chez les jeunes aujourd’hui. Et il n’est pas étonnant qu’il y ait dysfonctionnement, non seulement dans les réserves, mais dans les rues du Canada.

    Je me souviens, quand j’étais jeune, la police nous harcelait presque chaque jour. On nous arrêtait mon frère et moi et on déchirait nos cigarettes, pour voir si elles contenaient de la marijuana. Comme si nous allions cacher de la marijuana dans des cigarettes! C’était tout simplement ridicule. Mon frère a donc été en prison probablement pendant la moitié de sa vie. Il a pris une voie et j’ai essayé d’aller dans l’autre sens.

    Mais ce n’est pas la faute de ma mère. C’est parce que nous avons perdu notre identité, du fait que nous avons perdu notre culture. Nous n’avions plus rien dont nous pouvions être fiers et c’est vraiment triste quand on ne peut pas être fier de son histoire. Et nous devrions être très fiers de notre histoire.

Les coutumes

[Traduction] « Les peuples autochtones ont dû faire face à des changements énormes […] L’activité économique s’est installée dans notre région, et cela a changé notre mode de vie sans pour autant, sauf exception, nous offrir des emplois en remplacement ou une façon de diriger cette activité. Nous avons en outre, en raison de ces changements, perdu nombre des traditions et valeurs qui assuraient la vigueur de notre culture et l’union de nos collectivités. On nous a pris nos terres, on nous a imposé un système économique autre et on a remplacé nos systèmes sociaux par des systèmes législatifs et gouvernementaux étrangers; cela a entraîné le déclin de nos coutumes locales, de la responsabilité locale et du mode de vie local. Les changements de l’économie et des systèmes qui se sont produits ont marqué les peuples autochtones et leur ont appris la dépendance plutôt que l’indépendance […] L’abdication de nos responsabilités nous a entraînés dans de nombreux problèmes. L’alcoolisme, l’assistance sociale et le ministère des Affaires indiennes menaçaient de remplacer notre culture, notre indépendance et notre vigueur en tant que peuple […] Nous voulons faire comprendre que l’autonomie gouvernementale signifie que nous avons la capacité de prendre à l’échelle locale les décisions qui touchent la vie de notre peuple […] La capacité d’acquérir l’indépendance […] La capacité de soutenir notre culture, nos coutumes et nos traditions. »

Le chef Esau Turner, du conseil tribal Swampy Cree, décrivant l’incidence des grands projets industriels sur les Autochtones, dans le cadre de l’Enquête publique sur l’administration de la justice et les peuples autochtones. (G. Friesen, 1993, p. 73)

Écoutez l’aînée qui réfléchit sur la vision holistique du monde des peuples des Premières Nations.

  • Parce que je suis les enseignements des mères de clan, des treize mères de clan. La première mère de clan est celle du Dialogue avec ce qui nous entoure et ce que nous faisons lorsque l’on pratique les enseignements du Dialogue avec ce qui nous entoure, on nous dit de vérifier toutes nos similitudes. Qu’est-ce qui est semblable?

    Une plante, on l’ouvre, il y a de la nourriture à l’intérieur, n’est-ce pas? J’ai de la nourriture dans mon corps. Si quelque chose arrive à ces arbres, quelque chose va m’arriver parce que nous avons tous deux besoin les uns des autres. J’abandonne quelque chose pour que l’arbre puisse vivre.

    Il me donne quelque chose pour que je puisse vivre. Et c’est de cela qu’il s’agit. Et les différentes herbes et plantes … Je ne les connais pas toutes, parce que je n’ai pas eu les enseignements concernant tous les médicaments. On m’en a donné certains, mais pas tous.

    Comme je l’ai dit, nous sommes tous liés les uns aux autres. Et peu importe la couleur du corps dans lequel notre esprit va s’installer, nous avons tous d’abord la même force énergétique. Rien n’est différent. Donc, si nous pouvons entrer en contact avec cet aspect et réaliser que nous sommes tous frères et sœurs …

Les enfants

Dans les années 1800, le gouvernement a entrepris d’arracher les enfants autochtones à leur maison et à leur famille pour les envoyer dans des pensionnats, habituellement dirigés par des institutions religieuses.

[Traduction] « Dans son rapport annuel de 1889, le ministère des Affaires indiennes expliquait en ces mots l’objectif du gouvernement : “Le pensionnat permet de soustraire le jeune Indien à l’influence délétère qu’il subirait autrement s’il restait chez lui. Il le tire de l’état de sauvagerie dans lequel il a grandi. Le pensionnat lui permet d’être tous les jours en contact avec tout ce qui pourra l’amener à changer ses perspectives et ses habitudes de vie. Par l’enseignement et par l’exemple, il apprendra à s’efforcer d’exceller dans tout ce qui lui sera le plus utile.” » (G. Friesen, 1993, p. 61)

On dit que, pour les collectivités autochtones, la richesse, c’est les enfants, non pas l’argent ou les possessions. Les gens sans enfants sont « pauvres ». Les conséquences du programme des pensionnats et celles de la « rafle des années 60 » subséquente ont été dévastatrices et constituent une des principales causes de la colère et de la méfiance à l’égard des hommes blancs, en particulier du gouvernement.  

Enjeux actuels

Le mouvement « Idle No More »

C’est à la fin de 2012 qu’a pris naissance le mouvement populaire qu’on a fini par appeler « Idle No More ». Il a organisé un peu partout au Canada des protestations en réaction à ce que les membres considéraient comme des violations des droits issus des traités des Premières Nations, en particulier dans le cadre de l’entrée en vigueur en 2012 de la Loi sur l’emploi et la croissance du gouvernement fédéral. Les protestations ont par la suite visé un plus grand nombre de griefs. Le point culminant de ces protestations, en janvier 2013, a été une réunion entre les chefs des Premières Nations et le premier ministre Stephen Harper, accompagné d’autres hauts fonctionnaires du gouvernement fédéral, au cours de laquelle tout le monde s’est engagé à travailler de concert pour régler ces griefs.

La Commission de vérité et réconciliation du Canada

La Commission de vérité et réconciliation du Canada (CVR) a été constituée et créée dans le cadre de la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens. Ses commissaires ont parcouru le pays pendant 6 ans pour écouter les Autochtones qui, enfants, et ce, il y a bien au-delà de 100 ans, ont été arrachés à leur famille et placés dans des pensionnats.

En juin 2015, la CVR a publié ses conclusions assorties de 94 appels à l’action. Ces actions sont les premières mesures en vue de corriger les séquelles des pensionnats indiens et de faire avancer la réconciliation.


 

Suivant : Partie n° 1

Continuer