Modules

Santé des Autochtones

Partie n° 1

  • Kathy : Maman, ça n’avance à rien. Je suis correcte.

    Amy : Non, tu n’es pas correcte, tu maigris et tu bois de plus en plus. Je suis inquiète pour toi. Tu agis exactement comme ton père.

    Kathy : Je ne veux pas … papa est mort.

    Amy : Tu veux suivre ses traces? Tu dois aller voir l’infirmière, elle peut t’aider.

    Kathy : Papa a toujours été voir l’infirmière à la clinique, ça ne l’a avancé à rien, n’est-ce pas?

    Amy : C’est parce qu’il ne l’a pas écoutée. J’ai dit à l’infirmière que tu irais la voir aujourd’hui, elle pourrait t’examiner. Elle a dit que tu as peut-être ce problème parce que quand j’étais enceinte de toi, j’ai eu quelque chose qu’on appelle le diabète gestationnel.

    Kathy : Pourrais-tu plutôt me donner plus de bacon?

    Amy : Non, il faut que tu aille te faire examiner (continue en Ojibwe)

  • L’infirmière : Bon, Kathy. Comment ça va?

    Kathy : Ça va.

    L’infirmière : Ta mère s’inquiète, elle pense que tu es en train de développer un diabète. Je sais que certaines personnes en souffrent dans ta famille.

    Kathy : Oui, tout le monde l’a maintenant.

    L’infirmière : C’est vrai que c’est très commun ici de nos jours. Donc, nous devons le diagnostiquer tôt avant que tu souffres. Puis-je te poser quelques questions?

    Kathy : Vas-y.

    L’infirmière : Ta mère pense que tu maigris, sais-tu combien tu pèses habituellement?

    Kathy : Non, je ne sais pas.

    L’infirmière : Donc, nous pouvons te peser, qu’en penses-tu ? Penses-tu que tu maigris?

    Kathy : Je ne sais pas, c’est… c’est censé être une bonne chose, n’est-ce pas?

    L’infirmière : Oui, bien sûr, si tu es en surpoids, mais ça peut être un symptôme du diabète. As-tu souvent soif? Bois-tu plus d’eau?

    Kathy : Oui, je dirais que oui.

    L’infirmière : Très bien. Vas-tu plus souvent aux toilettes pour uriner?

    Kathy : Euh…oui.

    L’infirmière : Bon, j’aimerais maintenant prendre ta tension artérielle.

    Bon, Kathy, tu as certains des symptômes du diabète, mais ta tension artérielle est bonne. Par contre, j’aimerais te faire passer un test de glycémie et fixer un rendez-vous pour que tu voies le médecin quand elle sera ici. Tu es d’accord?

    Kathy : OK.

  • Dre Nyrit : Bonjour, je suis la Dre Nyrit. C’est Kathy, n’est-ce pas?

    Kathy : C’est moi!

    Dre Nyrit : Comment vas-tu aujourd’hui?

    Kathy : En pleine forme.

    Dre Nyrit : C’est bien. Alors, selon les tests que l’infirmière a effectués avec toi la semaine dernière, le taux de sucre dans ton sang est élevé. Il est 11.2 puis tu as aussi d’autres symptômes. Qu’est-ce que tu peux me dire au sujet du diabète?

    Kathy : Tout le monde l’a… Tout le monde l’a ici de toute façon. Certaines personnes doivent aller à l’hôpital, se font couper les jambes. Mon père a dû subir des tests pour ses reins avant que …ouais.

    Dre Nyrit : C’est vrai, c’est à prendre au sérieux et tu as cette maladie, mais on l’a attrapée à ses tout débuts alors c’est le moment idéal pour faire des changements. Tu sais, avec quelques ajustements dans ton style de vie tu n’auras peut-être même pas besoin de prendre des médicaments. J’ai ici pour toi quelques dépliants. Lis-les, puis peut-être qu’après on peut élaborer un plan ensemble. Qu’est-ce que tu en penses?

    Kathy : Ouais, pourquoi pas?

    Dre Nyrit : C’est bien.

« Chaque fois que je voyais le médecin, il me disait : « Faites attention, sinon, vous en mourrez. » Cela me rendait triste, j’étais triste. » (B. Roy et K. Fecteau, 2005)

Exercice de réflexion n° 1

Communiquer avec des patients autochtones

Les principes généraux de la communication entre le médecin et son patient restent les mêmes, en l’occurrence. Le modèle axé sur le patient s’applique. Malgré tout, de nombreux médecins non-autochtones se sentent dépourvus ou mal à l’aise lorsqu’ils interrogent les patients autochtones. Malgré toutes leurs bonnes intentions, il leur semble que cela ne se passe pas comme il faut. Dans bien des cas, ce n’est pas en raison de l’obstacle linguistique. Les Autochtones parlent souvent français. Dans le cas contraire, il faut travailler avec un interprète, comme on l’a expliqué dans la section « Compétences en communication médicale ». Les problèmes de communication avec les patients autochtones sont liés à deux grands enjeux :

  • L’historique des relations entre les Autochtones et le gouvernement, y compris les services de santé.
  • Les différences culturelles entre la vision du monde des Autochtones et des Occidentaux.

Les répercussions de ces deux enjeux sur la relation entre le médecin et son patient font l’objet de l’article suivant, que vous pourriez lire avant de faire l’exercice de réflexion n° 1.

Après avoir visionné la première scène entre Kathy et la Dre Nyrit, répondez aux questions suivantes. Vous n’avez rien à soumettre pour cet exercice.

  • Selon quelle vision du monde la Dre Nyrit envisage‑t‑elle le diabète?
  • Selon quelle vision du monde Kathy envisage‑t‑elle le diabète?
  • Pensez‑vous que la Dre Nyrit comprend la façon dont Kathy envisage le diabète? Justifiez votre réponse.
  • Pensez‑vous que Kathy comprend la façon dont la Dre Nyrit envisage le diabète? Justifiez votre réponse.
  • De quelle façon la Dre Nyrit pourrait‑elle trouver un terrain d’entente?

Commentaires

On peut considérer que la conversation entre un médecin et son patient se divise en trois grandes parties ou fonctions (Lipkin, M., 1996) :

  • Collecte de renseignements
  • Établissement d’une relation
  • Conseils ou gestion

La personne qui pose les questions fait souvent l’erreur de sauter à la troisième fonction avant d’avoir effectué comme il faut les deux premières. Dans de tels cas, le patient est beaucoup moins porté à suivre les conseils qui lui sont donnés. On n’a pas tenu compte de son histoire et la relation thérapeutique n’est pas encore établie. Une erreur plus grave encore commise par le médecin consiste à étiqueter le patient en disant qu’il ne se conforme pas au traitement, malgré qu’à son avis, il lui a donné des instructions claires et raisonnables.

  • Quelles informations la Dre Nyrit tente‑t‑elle d’obtenir de Kathy?
  • La Dre Nyrit cherche de toute évidence à aider son patient. Établit‑elle une relation?
  • De quelle manière la Dre Nyrit tient‑elle compte des caractéristiques typiques des patients autochtones selon la description de la documentation?

Quand un expert transmet clairement un message, rien ne garantit que le message sera compris et accepté par le patient et que celui‑ci agira en conséquence. L’analogie du dialogue entre un enseignant et un apprenant s’applique. Il nous est tous arrivé d’écouter un professeur qui est convaincu d’être clair, mais de ne pas le comprendre, étant moins experts, et de ne pas être capables de traduire ces informations pour obtenir une bonne note. Dans les deux cas, c’est la « victime » qui est blâmée pour son mauvais résultat.

Nous allons explorer de nouveau cette question dans l’exercice de réflexion nº 2, lorsque nous étudierons plus avant la modification du comportement.

Avant de poursuivre l’étude de cas, écoutez le témoignage d’une aînée qui décrit son opinion de la relation entre le médecin et le patient.

  • Je sentais vraiment qu’elle m’avait fait cet honneur parce que j’étais à l’écoute de mon corps et que je savais ce qui se passait. Parce qu’elle a vraiment écouté ce que j’avais à dire, en tant que personne, au sujet de mon bien-être personnel. C’est très, très difficile de trouver quelqu’un qui vous donnera seulement cinq minutes de plus, parce que parfois, c’est tout ce qu’il vous faut. Parfois, il faut moins de cinq minutes … et de vous expliquer les procédures.

    Comment exprimez-vous un sentiment? Comment sentez-vous que quelqu’un va vous respecter quand vous arrivez? Vous le savez, vous le sentez dans l’énergie qui se dégage et dans d’autres choses … que, bon, je compte pour cette personne. Elle voit que je suis un être vivant, une personne humaine qui respire. Vous savez, je ne suis pas seulement un autre patient avec un numéro et peut-être qu’elle se souviendra de mon nom ou peut-être qu’elle ne s’en souviendra pas, ou qu’il ne, quoi qu’il en soit. Vous savez … et d’autres fois si j’avais des problèmes, je téléphonais et je disais : « Pouvez-vous lui demander de me téléphoner parce que je dois lui demander quelque chose? » Et on me disait : « Eh bien, elle ne pourra probablement vous appeler que lorsqu’elle aura terminé avec ses patients. » Et elle m’appelait!

    Vous savez, et c’est comme si on travaillait en partenariat … et qu’on m’aidait à guérir. C’est ce que j’ai ressenti avec elle. Elle était en partenariat avec moi, vous savez, pour m’aider à me remettre sur pied.

Vérification des connaissances nº 1

La définition de la santé et le fardeau de la maladie

La santé, qui est l’état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité, est un droit fondamental humain, et l’accession au niveau de santé le plus élevé possible est un objectif social extrêmement important qui intéresse le monde entier et suppose la participation de nombreux secteurs socioéconomiques autres que celui de la santé. (Déclaration Alma-Ata, OMS, 1978.)

Sélectionnez une seule réponse sauf si autrement indiqué.

Commentaires

Question no 1

Selon les données de la dernière Enquête nationale auprès des ménages (ENM), en 2011, 1 400 685 personnes s’étaient déclarées autochtones; cela représente 4,3 % de la population canadienne totale. Selon le recensement, les Autochtones comptaient pour 3,8 % de la population en 2006, pour 3,3 % en 2001 et pour 2,8 % en 1996.

Si vous désirez obtenir davantage d’information, visitez le Site Web de Statistique Canada.

Les données du recensement sur les réserves sont souvent incomplètes en raison du manque de collaboration, mais on peut procéder à une estimation en fonction du lieu. Les répondants n’ont pas à répondre aux questions sur leur origine ethnique, et il est possible que les Autochtones vivant à l’extérieur d’une réserve ne soient pas comptabilisés comme tels, même s’ils y avaient répondu.

Question no 2

La population autochtone est beaucoup plus jeune que la population du reste du Canada. Le taux de natalité est plus élevé, mais, à l’autre bout du spectre, l’espérance de vie est réduite. Bien que les enfants représentent l’espoir et l’avenir, et qu’ils sont un élément important de l’autodétermination des Autochtones, l’éducation représente un défi énorme dans bien des réserves. Prévenir le décrochage ou devoir envoyer ses enfants ailleurs pour qu’ils y fréquentent l’école secondaire sont des problèmes fréquents.

En 2011, les enfants de 14 ans et moins représentaient 28 % de la population autochtone totale; cette proportion est de 7 % pour l’ensemble des enfants du Canada. Les Autochtones de 15 à 24 ans représentaient 18,2 % de la population autochtone totale et 5,9 % de l’ensemble des jeunes du Canada. Chez les non‑Autochtones, les jeunes représentent 12,9 % de la population totale.

Si vous désirez obtenir davantage d’information, visitez le Site Web de Statistique Canada.

Question no 3

On a dépeint la période des pensionnats comme celle où les relations entre les Premières Nations et le gouvernement étaient les moins bonnes. Les pensionnats ont peu à peu disparu, mais le dernier n’a fermé ses portes qu’en 1996; les « survivants » n’ont été dédommagés que tout récemment, en 2007. La « rafle des années 60 » désigne une mesure gouvernementale visant à arracher les enfants autochtones de leur famille pour les placer dans des foyers d’accueil ou encore en adoption contre le gré de leurs parents.

Question no 4

Les enfants autochtones représentent quarante pourcent des enfants qui sont placés hors de leur foyer, d’après une enquête en 2003.

Blackstock, C. (2003). First Nations child and family services: restoring peace and harmony in First Nations communities. In K. Kufedlt & B. McKenzie (Eds.), Child Welfare: Connecting Research Policy and Practice. 331-342. Waterloo, Ontario: Wilfred Laurier University Press.

Question no 5

Bien que toutes ces causes soient plus importantes chez les jeunes autochtones que dans la population en général, le suicide arrive en tête de liste, en particulier chez les hommes.

« La principale cause de décès chez les personnes âgées entre 1 et 44 ans était les blessures et l’empoisonnement. Chez les enfants de moins de 10 ans, les décès étaient surtout de nature accidentelle. Le suicide et l’automutilation constituaient les principales causes de décès chez les jeunes et les adultes jusqu’à l’âge de 44 ans. Pour les personnes âgées de 45 ans et plus, les maladies du système circulatoire représentaient la principale cause de décès. Ces tendances sont les mêmes que l’on observe dans la population canadienne dans son ensemble. »

Extrait du Site Web de l’Université d’Ottawa. (2014, 12 septembre). La Société, l’Individu, et la Médecine : Santé des Premières nations au Canada.

Question no 6

La prévalence du diabète de type 2 varie considérablement dans la population autochtone du Canada. Elle dépend de la situation géographique, de la durée des contacts avec les Européens et d’autres facteurs. Selon la plupart des estimations, la prévalence est d’environ deux ou trois fois le taux chez les non‑Autochtones.

Adelson, N. (2005). « The Embodiment of Inequity: Health Disparities in Aboriginal Canada », La revue canadienne de santé publique 96, S45‑S61.

Question no 7

La Loi sur les Indiens faisait en sorte qu’une femme des Premières Nations qui épousait un homme blanc ou s’installait à l’extérieur de la réserve perdait son statut — elle devenait en fait une « non‑personne ». En même temps, une femme non-autochtone qui épousait un Autochtone se voyait octroyer le statut de son époux. Dans les deux cas, cette loi entraînait souvent la séparation des familles et de grandes difficultés pour les personnes qui n’avaient plus de statut. La loi n’a été modifiée qu’en 1985, au moment de l’adoption du projet de loi C‑31 : Loi modifiant la Loi sur les Indiens. Elle rétablissait le statut de divers membres des Premières Nations, principalement des femmes, et, incidemment, a considérablement rehaussé le nombre d’Autochtones recensés.

Question no 8

On croit qu’une consommation accrue de graisses alimentaires est le principal facteur qui explique « l’épidémie » de diabète chez les peuples autochtones. C’est un facteur important du syndrome métabolique.


 

Suivant : Partie n° 2

Continuer