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Santé des Autochtones

Partie n° 2

Kathy rencontre la Dre Nyrit une deuxième fois, un mois plus tard. La médecin a réfléchi à son expérience précédente des consultations dans la réserve et à la façon dont elle devrait procéder (voir  « l’exercice de réflexion nº 2 » ci-dessous). Kathy a parlé à son cousin Sandy de sa rencontre avec la médecin.

  • Sandy (salutation en Ojibwe).

    Kathy : (répond en Ojibwe).

    Sandy : Cela fait longtemps que je ne t’ai pas vue au centre communautaire, comment vont les choses?

    Kathy : Ça pourrait aller mieux, j’ai vu le médecin à nouveau aujourd’hui.

    Sandy : Qu’est-ce qu’il a dit?

    Kathy : C’est un nouveau médecin, c’est une femme cette fois-ci. Elle m’a dit que j’ai le diabète, et je suis censée faire plus d’exercice en prenant des marches et manger santé. Je ne suis pas censée manger de sucre.

    Sandy : C’est ce qu’ils m’ont dit aussi. Mais, nous sommes censés prendre les marches où exactement? En été, nos routes sont trop poussiéreuses et en hiver, il y a bien trop de neige. Ce n’est pas comme quand nos aînés étaient jeunes. Sais-tu ce qu’ils faisaient comme dessert? Ils allaient dans les bois et cueillaient des petits fruits, c’était ça leur dessert. Ma tante m’a dit que quand ils étaient jeunes, les enfants riaient tout le temps, ils étaient plein d’énergie, on était en santé puis ça n’existait pas le diabète.

    Kathy : Le médecin m’a dit de manger plus de fruits et de légumes, et moins de matières grasses. Ils m’ont donné des choses à lire, mais … personne ne mange comme ça par ici, ça n’a pas de goût et c’est trop dispendieux. C’est fou, parce que si tout le monde est malade, comment ça se fait que les médecins n’en font pas plus pour nous aider?

    Sandy : Bien, c’est ce qu’ils essayent de faire.

    Kathy : Oui, je suppose.

    Sandy : Ils disent que c’est la manière de vivre de nos ancêtres qui a causé ces problèmes, mais ce n’est pas vrai, les choses ont changé, tu sais. Kathy, tu es encore jeune, tu devrais écouter les conseils des médecins. Ils savent de quoi ils parlent, montre moi ce que tu lis.

« Je déteste la salade. J’enlève les feuilles de laitue de mes hamburgers tellement je déteste ça. Je mange parfois de la salade, mais vous ne me verrez jamais en manger quatre fois par jour. Du pain, ça, j’en mangerais tous les jours. Ou de la mélasse. J’aime bien manger des choses grasses, par exemple du pain maison et un peu de sucre, du sucre brun. » (B. Roy et K. Fecteau, 2005)

Problèmes sociaux et diabète

Pourquoi le diabète est‑il si courant chez les Autochtones? Sandy parle des deux théories les plus fréquemment mentionnées : la prédisposition génétique et le changement du mode de vie. Changer de mode de vie, cela suppose davantage que de changer de régime et faire de l’exercice, même si ces deux changements ont certainement un rôle à jouer. Des données probantes nombreuses et convaincantes laissent entendre que les problèmes sociaux sont une composante importante. En général, cette expression désigne ce qui a été perdu : l’identité culturelle, la langue ancestrale, le territoire, un travail significatif, le respect, l’espoir. On pense que ces pertes causent un stress chronique qui entraîne des anomalies métaboliques, lesquelles se traduisent par l’hyperglycémie. La relation établie entre les déterminants sociaux de la santé et les troubles physiques a des répercussions : le changement de régime et de l’activité physique, voire l’essai d’un retour à l’ancien style de vie des « chasseurs‑cueilleurs », ne permettra peut‑être pas d’assurer le contrôle glycémique. Nous allons examiner de plus près les répercussions des tentatives visant à entraîner un changement du style de vie dans « l’exercice de réflexion nº 2 » ci-dessous.

Les autres théories touchant l’épidémiologie du diabète de type 2 s’appuient sur la prédisposition génétique. Amy était atteinte de diabète gestationnel, trouble également plus courant chez les femmes autochtones. Les experts ne sont toujours pas certains si le diabète gestationnel, et le faible poids à la naissance en tant que prédisposition au diabète, est un problème génétique, un problème lié à l’environnement ou un problème multifactoriel.

Si vous désirez obtenir davantage d’information sur les disparités socio-économiques, les inégalités des soins de santé et le diabète chez les Autochtones, lisez les articles suivants :

Exercice de réflexion nº 2

Médecine préventive et changement de comportement

Conseiller les patients au sujet du maintien de la santé et de la prévention des maladies est l’une des tâches les plus importantes de tout médecin, en particulier les médecins responsables des soins primaires.

[Traduction]  « Les fournisseurs de soins primaires ont toujours essayé de persuader leurs patients de changer en s’appuyant sur “le pouvoir de l’information” (exposer des faits sur la santé et sur la maladie) de même que sur “le pouvoir de l’expert” (recourir à la crédibilité des professionnels, du moins implicitement, pour convaincre les patients de l’efficacité potentielle du changement de comportement prescrit). » (Elder, J.P., 1999). Ces tactiques échouent souvent, laissant le patient, et le médecin, frustrés et insatisfaits. Pourquoi?

C’est souvent parce que le médecin essaie d’en faire trop, trop vite. Il est inutile de submerger le patient d’information si le médecin ne prend pas d’abord le temps de se renseigner sur la vie du patient, ses valeurs et ses croyances. C’est ce qui est montré dans l’étude de cas, lorsque les médecins se réunissent pour essayer de s’attaquer au difficile problème du diabète chez les Autochtones. Le principe de la modification du comportement s’applique toutefois à tous les patients.

L’exercice s’accompagne de quatre extraits vidéo différents touchant la façon dont le médecin peut aborder la question de la modification du comportement avec un patient atteint de diabète.

Lisez d’abord l’article de Elder et coll.

Dans chaque extrait, la Dre Nyrit utilise un ou plusieurs des modèles de changement de comportement. Chaque option pourrait entraîner un changement de la perspective de Kathy au sujet de son diabète. Pendant que vous visionnez les extraits, réfléchissez aux aspects suivants :

  • La quantité d’informations échangées.
  • La qualité des informations échangées.
  • La Dre Nyrit a‑t‑elle utilisé les approches du « pouvoir de l’information » ou du « pouvoir de l’expert » ou une autre approche?

Visionnez les quatre extraits. Choisissez l’extrait qui, à votre avis, est le plus approprié. Après avoir fait votre sélection, lisez le commentaire lié à change option.

Dre Nyrit : Kathy, les gens qui sont diabétiques peuvent faire beaucoup pour s’aider eux-mêmes. Qu’est-ce que tu connais au sujet du diabète?

Kathy : Tout le monde l’a.

Dre Nyrit : Mais non, ce n’est pas tout le monde qui l’a. Mais, malheureusement tu l’as. Et comme je t’ai dis, avec quelques ajustements de style de vie, tu peux contrôler ton diabète. As-tu réfléchi un peu à ça?

Kathy : Ils disent que c’est…c’est parce qu’on est autochtones. Mais personne ne peut rien faire à ce sujet.

Dre Nyrit : Mais… la génétique est seulement une petite partie de l’équation et ça joue un petit rôle. Mais vraiment : être en surpoids, ne pas faire d’exercice, la malbouffe…

Kathy : La malbouffe ?! Nous pouvons seulement manger ce qu’il y a en magasin. Nous mangeons mieux quand nous chassons, mais ce n’est pas comme si on peut se rendre dans la forêt, il n’y a pas d’essence!

Dre Nyrit : Mais, il y a une bonne occasion justement. Si on ne peut pas prendre la voiture, marche! L’exercice va te faire du bien.

Kathy : (Kathy interrompt le docteur en ricanant) … Avez-vous idée de la distance?

Dre Nyrit : Kathy, vas-tu même songer à faire un changement à ton alimentation puis faire de l’exercice? Tu dois prendre ça en douceur, c’est tout. Tu peux y arriver.

Kathy : Non, mais tu ne comprends pas!

Dre Nyrit : Tu dois me faire confiance.

Kathy : Eh bien, je ne peux pas. (Kathy se lève et quitte la pièce).

Dre Nyrit : [soupire]… je ne suis pas certaine qu’elle veuille changer. Elle semble connaitre quelque chose au sujet du diabète, mais elle ne semble pas prête à faire des changements. Ça va certainement lui prendre beaucoup plus de temps à améliorer sa situation.

Dre Nyrit : Merci d’être venue Amy. J’ai pensé que ce serait utile que nous discutions toutes ensemble.

Amy : Merci de nous voir docteur, je suis inquiète au sujet de Kathy.

Dre Nyrit : Bien, la semaine dernière lorsqu’elle est venue à mon bureau, on a discuté un peu de comment l’alimentation puis l’exercice peuvent l’aider à contrôler son diabète. Alors, on pourrait peut-être parler de son régime alimentaire. Est-ce que vous avez lu les dépliants que j’ai envoyés avec Kathy?

Amy : Oui, je les ai regardés, mais est-ce vrai que son diabète ne va pas disparaitre et qu’elle a besoin de prendre des médicaments?

Dre Nyrit : Elle peut contrôler le taux de sucre dans son sang avec son alimentation, puis avec l’exercice. Alors, il est possible qu’elle n’ait pas besoin de prendre des médicaments. Mais ça sera un problème de santé permanent, et si ce n’est pas bien contrôlé, alors il va y avoir des complications, puis ça ne doit pas forcement se passer comme ça.

Kathy : Ici les gens prennent des pilules, ils doivent toujours se rendre à l’hôpital puis ils ne reviennent jamais.

Amy : Kathy, arrête et écoute!

Dre Nyrit : Alors, c’est quelque chose sur laquelle on va devoir travailler. Mais, parlons de son régime alimentaire, est-ce qu’elle pourrait avoir plus de légumes, moins de sucre, moins de gras.

Kathy : Avez-vous vu les légumes au magasin? Ils sont dégoutants. (Kathy se tourne vers sa mère) C’est toi qui a dit que tu ne sais pas comment les faire cuire et les apprêter pour qu’ils soient bons.

Amy : Je sais, mais tu pourrais m’aider.

Dre Nyrit : Alors, c’est quelque chose sur laquelle on va devoir aussi travailler. Mais, Kathy me dit qu’elle ne travaille pas présentement, alors elle devrait avoir plus de temps pour faire des marches ou faire de l’exercice au gym pour maintenir son poids.

Kathy : Je cherche un emploi, mais ce n’est pas facile. Je pourrais faire plus d’exercice, mais il n’y a pas d’équipements au gym.

Amy : Prendre une marche par ici n’est pas facile, les gens se posent des questions.

Dre Nyrit : Oui, mais il doit y avoir un endroit où c’est possible. Kathy, tu peux surement marcher sur le bord du lac près du quai où les avions arrivent. On pourrait commencer un journal, y inscrire les distances que tu parcours et combien de fois par semaine. C’est une possibilité.

Kathy : Pas pour moi.

Amy : Kathy!

Option nº 3

La Dre Nyrit revient dans la réserve, le mois suivant, et demande à voir Kathy.

  • Dre Nyrit : Merci d’être venue Kathy. Ça me donne l’occasion de mieux te connaître, puisque je suis nouvelle ici. J’ai quelques questions que j’aimerais te poser, est-ce que ça te va?

    Kathy : Oui, vas-y.

    Dre Nyrit : Est-ce que ça fait longtemps que tu vis ici?

    Kathy : Depuis ma naissance.

    Dre Nyrit : Alors, est-ce que tu parles l’ojibwé?

    Kathy : Bien sûr (Kathy répond en Ojibwe). Nookomis m’a appris.

    Dre Nyrit : Qui?

    Kathy Nookomis, ça veut dire grand-mère.

    Dre Nyrit : Ah, ta grand-mère. Je devrais vraiment apprendre quelques mots, puisque je vis ici.  

    Kathy : Ça aiderait.

    Dre Nyrit : Tu as raison. Alors, tu dois avoir beaucoup de famille ici?

    Kathy : Oui, beaucoup de famille. Presque tout le monde est apparenté ici, tout le monde se connaît.

    Dre Nyrit : Alors, j’imagine que vous devez vous réunir souvent, pour les repas ou juste pour passer du temps ensemble.

    Kathy : Oui, j’aime amener ma famille à la pêche. On est … on est vraiment proches.

    Dre Nyrit : Je vois. Alors, ils doivent s’inquiéter de ton diabète?

    Kathy : Ils s’inquiètent à mon sujet, mais je préfère qu’ils ne s’en mêlent pas.

  • Dre Nyrit : Eh bien Kathy, je suis bien contente qu’on ait pu se rencontrer aujourd’hui pour discuter ensemble. Surtout, que tu m’as parlé de ta famille. Mais la prochaine fois qu’on se rencontre, j’aimerais qu’on ait un plan au sujet de ton diabète. Puis je crois que la prochaine étape serait que tu rencontres le travailleur communautaire spécialiste en diabète. Cette personne va pouvoir réviser l’information que je t’ai donnée avec toi puis aussi t’informer sur ce qui se passe à l’intérieur de ton corps. Tu vas aussi en apprendre davantage sur une saine alimentation puis l’exercice. Qu’est-ce que tu en penses?

    Kathy : Je ne sais pas quoi penser. Je me sens trop confuse.

    Dre Nyrit : Qu’on l’essaye au moins une fois, laisse moi te fixer un rendez-vous?

    Kathy : D’accord.

    Dre Nyrit : Parfait, je le fais aujourd’hui.

 

« Ils m’ont montré des photos horribles, des gens qui avaient dû se faire couper les pieds et les jambes, des choses comme cela. Je n’en revenais vraiment pas! » (B. Roy et K. Fecteau, 2005)

Option nº 4

Kathy est la quatrième patiente chez qui on vient de diagnostiquer le diabète que la Dre Nyrit a examinée au cours du mois. Elle a entendu dire que la collectivité était importante pour la santé des patients autochtones. Elle décide donc de parler au chef de ses préoccupations.

  • Dre Nyrit : Chef, merci beaucoup d’être venu aujourd’hui. Je vous en suis vraiment reconnaissante.

    Chef : C’est pour le bien de la communauté, je suis bien prêt à écouter.

    Dre Nyrit : Cela fait un moment que je suis ici alors j’ai été en mesure d’évaluer la situation sur le plan de la santé. Il y a beaucoup de problèmes de santé, il y a la violence familiale, il y a l’alcoolisme et il y a aussi beaucoup de personnes qui souffrent de diabète.

    Chef : Oui, je connais le problème du diabète.

    Dre Nyrit : Chef, c’est tout à propos d’un changement de style de vie. Les gens ont besoin de faire plus d’exercice. Il y a beaucoup d’adultes puis d’enfants qui sont en surpoids. Ils prennent même une motoneige pour faire de courtes distances. Ce qu’on a besoin, c’est de créer des programmes. Peut-être, bâtir une patinoire pour le hockey ou développer un programme de sport, ou avoir des cours, comme des classes d’exercice au gym.

    Chef : Il va y avoir une exploitation forestière à Deer Lake l’an prochain, et ils vont avoir du temps pour faire de l’exercice et en plus ils vont sûrement bâtir un magasin.

    Dre Nyrit : Oui, mais moi je ne vous parle même pas d’un magasin. Puis, l’an prochain c’est dans longtemps. Moi je vous parle de diabète et d’exercice.

    Chef : Oui, oui, je connais la question du diabète et de l’exercice.

    Dre Nyrit : Très bien. Alors écoutez, j’ai fait le tour du magasin puis il y a vraiment très peu de choix santé qui sont disponibles pour les gens. Il n’y a quasiment pas de légumes ou de produits céréaliers. Ce qu’il y a en grande quantité par exemple c’est la pizza, des boissons gazeuses, des croustilles. Est-ce que le conseil de bande a son mot à dire sur ce qui est disponible en magasin? Parce que si les choix santé ne sont pas disponibles, les gens ne vont pas en acheter. Puis moi, ça me ferait plaisir d’en parler au conseil de bande.

    Chef : Je vais en parler au conseil de bande. Docteur, j’ai entendu dire que vous avez vu Kathy à la clinique, c’est à propos de son diabète? Est-ce que c’est sérieux? Elle est tellement jeune.

    Dre Nyrit : Je ne peux vraiment pas vous parler de Kathy. Je ne pourrais pas vous divulguer ses informations confidentielles. Est-ce que c’est possible qu’on puisse discuter simplement de diabète et d’exercice et peut-être créer un programme? Des classes d’exercice au gym, ce serait l’idéal, ou même un club de marche… vraiment n’importe quoi pour commencer.

    Chef : Je vais y penser.

Commentaires

Commentaires sur l’option 1

Dans cette option, la Dre Nyrit essaie d’utiliser le modèle des Stades de changement, l’une des techniques de modification du comportement discuté par Elder. Ce modèle comporte plusieurs stades :

  • Précontemplation
  • Contemplation
  • Préparation
  • Action
  • Maintien

Cela nous rappelle que les patients sont peu susceptibles de changer un comportement malsain s’ils n’y ont même pas pensé. Après tout, la mauvaise santé est un point de vue. Le patient doit sentir que le changement est non seulement une bonne idée pour lui, mais qu’il est possible de le faire. Dans ce scénario, Kathy semble réagir avec colère lorsque la Dre Nyrit suggère un changement de mode de vie. Selon vous, pourquoi cela se produit-il?

  • Elle ne l’aime pas parce qu’elle est une « médecin blanche. »
  • Elle a pensé à faire des changements, mais elle sait qu’ils sont impossibles à réaliser et cela la met en colère.
  • Elle ne veut pas apporter de changements dans sa vie et s’indigne de l’ingérence de la Dre
  • Elle pense que des changements n’auront pas d’incidence sur sa santé.
  • L’ignorance de la Dre Nyrit envers sa situation l’aliène (« marcher dans la brousse, c’est trop loin! »).
  • Kathy ne sait pas lire assez bien pour comprendre les brochures, et elle a honte de l’admettre.
  • Comment la Dre Nyrit pourrait-elle identifier quels énoncés introduits ci-dessus sont présents dans la conversation?
  • À votre avis, la Dre Nyrit devrait-elle reconnaître l’émotion de Kathy?

Consultez les Stades de changement pour obtenir de plus amples renseignements.

Cet article, intitulé « A critical examination of the application of the Transtheoretical Model’s stages of change to dietary behaviours », explique certaines des raisons pour lesquelles ce modèle, ou tout autre modèle, n’est pas aussi simple à utiliser qu’il peut sembler.

Commentaires sur l’option 2

Les gens qui nous entourent et qui comptent pour nous jouent un rôle important dans notre prise de décisions. La Dre Nyrit comprend cela et essaie d’obtenir l’aide d’Amy, qu’elle a hâte de donner. Cependant, le médecin révèle encore une fois son ignorance de la situation sociale et environnementale dans laquelle vit son patient. Sa réponse à l’information sur les obstacles au changement est : « Eh bien, nous allons devoir travailler là-dessus. » Elle aborde la situation du point de vue biomédical. Kathy et Amy voient cela comme « le fait d’être autochtone », et « les gens s’en vont et ne reviennent pas ». Amy reconnaît qu’elle n’a pas les compétences nécessaires pour cuisiner des repas appropriés, mais la Dre Nyrit est incapable de le reconnaître et de l’aider avec des suggestions réalistes. Amy souligne également l’importance de la communauté. Les gens vont parler si vous faites quelque chose d’inhabituel, comme marcher. Nous pourrions dire : « Et alors? » Mais dans une culture où la communauté, et non l’individu, est l’unité d’importance, c’est un obstacle important.

Par conséquent, bien qu’il soit crucial pour Kathy de recourir au soutien social, il est peu probable que la Dre Nyrit réussisse à aider Kathy et Amy à gérer son diabète dans cette option.

Commentaires sur l’option 3

Dans l’« exercice de réflexion n° 1 », nous avons observé qu’il faut du temps, de la patience et une compréhension de leurs valeurs culturelles pour communiquer avec les patients autochtones. Notez dans cette option la différence dans l’échange de renseignements. La Dre Nyrit parle plus lentement et pose des questions à Kathy sur sa langue, sa famille et sa communauté. Elle exprime un intérêt pour l’apprentissage de certains mots ojibwés, et Kathy répond dans sa langue maternelle (mais utilise en fait un terme péjoratif). Remarquez qu’elle n’est pas réticente à parler et qu’au cours de l’entrevue, elle interagit davantage avec la Dre Nyrit. C’est le début d’une alliance thérapeutique.

De quelle façon l’information circule-t-elle cette fois : du médecin au patient ou du patient au médecin? L’entrevue prend plus de temps, mais à la fin, Kathy semble prête à envisager à gérer son diabète, et la Dre Nyrit promet un suivi précis. Kathy reviendra-t-elle? Est-ce plus probable que dans les options 1 et 2? De plus, si une alliance thérapeutique a été formée, les stratégies utilisées dans les options 1 et 2 pourraient être plus efficaces.

Selon vous, quels modèles de modification du comportement sont appliqués dans cette option?

Parmi les huit facteurs personnels nécessaires à un changement de comportement, lesquels, le cas échéant, ont fait l’objet de discussions? (Voir Elder.)

Commentaires sur l’option 4

Dans cette option, la Dre Nyrit semble comprendre et tenter d’influencer les obstacles socioéconomiques et environnementaux à la promotion de la santé et à la prévention des maladies. Mais comprend-elle vraiment la situation dans la réserve? Est-ce que le changement du type d’aliments dans les magasins du Nord pose problème? Qu’en est-il de la construction d’une patinoire? Ce sont de bonnes idées, mais sont-elles réalistes?

Avec les meilleures intentions, elle utilise encore une fois la voix experte et clinique : « Les gens ne font pas de choix sains. » Le chef de bande répond par une déclaration sur l’exploitation forestière et la construction d’un magasin, qui ne semble pas être reliée à la question. Quel est l’argument du chef de bande et lequel d’entre eux connaît mieux les causes fondamentales de la mauvaise santé dans cette communauté?

Pour le chef, à qui on a demandé de venir au cabinet du médecin et qui s’est fait donner une leçon sur les problèmes dans sa réserve, cette option peut sembler être de l’arrogance médicale.

Enfin, comment la Dre Nyrit devrait-elle répondre à sa question sur Kathy, compte tenu de l’importance de la communauté dans cette culture?

Lisez cet article pour obtenir de plus amples renseignements sur les enjeux des politiques de santé liés aux changements de style de vie et au diabète. Bien qu’il soit rédigé du point de vue américain, il soulève certains des problèmes du système de santé en général qui peuvent avoir une incidence sur le comportement local et individuel.

Étude de cas (suite)

Kathy doit maintenant prendre des hypoglycémiants oraux, et les médecins comme la travailleuse en santé communautaire l’encouragent à suivre un régime et à faire un programme d’exercice. Elle aimerait trouver un emploi à l’école, mais on lui répond qu’il n’y a pas d’argent pour embaucher qui que ce soit. Amy a un emploi à temps partiel, et Kathy reste à la maison pour s’occuper des jeunes enfants. Elle réfléchit à sa situation.

  • Kathy : Alors, je suis malade ou non? Ça fait six mois et je ne vois pas de différence. Les médecins m’ont donné des médicaments, ils me disent que mon taux de sucre n’est pas bon. J’imagine que ce n’est pas fameux.

    Je prends mes pilules, la plupart du temps. Parfois, ma mère doit me le rappeler. Les médecins me disent de faire de l’exercice. Mais ici, c’est les jeunes qui jouent au basketball ou au hockey, il n’y a personne de mon âge qui joue à ces sports. On voudrait plutôt se trouver un emploi, c’est ça qui me ferait faire un peu plus d’exercice, mais il n’y a pas d’emploi ici.

    Et ma mère, elle essaye de suivre le régime alimentaire que les médecins nous ont donné, mais tout le monde se plaint à la maison. Elle a besoin de faire deux différents types de repas. Vous savez, je n’aime pas le régime moi non plus, mais ils disent que c’est bon pour moi. Ils me disent de ne pas manger de banique pour déjeuner parce qu’il y a trop de graisse, et de manger des Rice Flakes ou des Corn Krispies au lieu. Mais ma mère dit que ça coute autant que pour tous les repas d’une journée au magasin. C’est bien trop cher.

    Maintenant je ne prends qu’une ou deux bières quand je sors avec mes amis et ils se moquent de moi, je ne leur dis pas pourquoi, mais c’est assez bête, parce qu’il y a plein de monde qui ont le diabète, non? Et c’est assez stupide que nous ne puissions même pas en parler.

    Ma tante m’a dit d’aller au sweat lodge. Je l’ai fait et je me suis sentie tellement mieux. Mais j’ai dû arrêter de prendre mes pilules pour la cérémonie et j’ai attendu deux semaines avant de les reprendre, j’imagine que ce n’est pas génial.

    Comment puis-je trouver le bon milieu?

Commentaires

Cette ouverture sur la perspective de Kathy à l’égard de son diabète soulève un certain nombre de points.

Connaissance du diabète

De toute évidence, Kathy sait qu’il est important pour elle de maintenir son taux de sucre à un niveau normal. Elle comprend le rôle des médicaments et la nécessité de les prendre régulièrement, même si elle n’observe aucun changement. 

Modifications du style de vie

Kathy reconnaît l’importance d’un régime et de l’exercice dans le contrôle de son diabète, mais elle est également sensible aux obstacles qui surviennent si elle veut changer quelque chose dans sa vie. Elle ne contrôle pas le manque d’emploi et le coût des aliments. Ce peu de contrôle sur sa vie peut entraîner un sentiment de désespoir, même une dépression, un trouble plus souvent associé aux diabétiques qu’à la population générale.

Isolement social

Prendre les repas ensemble est une partie importante de la culture des Premières Nations. Kathy est isolée de ses frères et sœurs et de ses parents, à la maison, puisqu’elle a besoin d’un régime particulier. Elle ne peut pas en parler à ses amis, qui se moquent d’elle parce qu’elle est différente. Kathy pose une question importante : « Si nous en souffrons tous, pourquoi ne pouvons‑nous pas en parler? »

Médecine autochtone

Autrefois, le gouvernement du Canada prenait des mesures concertées pour empêcher le recours à la médecine traditionnelle et aux cérémonies de guérison par les patients autochtones. On a interdit les cérémonies de la suerie et d’autres cérémonies culturelles comme celles de la danse du soleil, du potlatch et de la tente branlante. Le gouvernement estimait que leur valeur médicale était négligeable et qu’il fallait effacer les aspects holistiques et spirituels de ces cérémonies pour faire place au christianisme.

De nombreux Autochtones ont perdu la trace de leur patrimoine culturel. Mais les aînés et d’autres responsables l’ont gardé vivant, de façon clandestine. Maintenant que le gouvernement du Canada reconnait l’autodétermination des Autochtones, ces aînés aident leurs semblables à rétablir ces pratiques. De nombreux patients autochtones, comme Kathy, s’appuient en même temps sur la médecine occidentale et la médecine traditionnelle, sans discrimination. Mais cela peut causer quelques problèmes.

  • Après avoir pris connaissance des réflexions de Kathy, jetez de nouveau un œil sur « l’exercice de réflexion nº 2  ».
  • Auriez‑vous choisi un autre mode d’action?
  • Quel autre mode d’action auriez‑vous pu utiliser si vous aviez été à la place de la Dre Nyrit?

 

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