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Santé mentale

Collègue dépressif

La conversation suivante a lieu dans la salle du personnel d’une clinique de médecine familiale.

  • Collègue : Dennis, est-ce que je peux te parler une minute?

    Dennis : Ouais.

    Collègue : Je peux m’asseoir?

    Dennis : Ouais, si tu veux.

    Collègue : T’étais pas là encore ce matin. Ça va?

    Dennis : J’ai… j’étais pris ailleurs.

    Collègue : …Tu sais, on a dû couvrir pour toi souvent dernièrement puis… ça ne te ressemble pas ça.

    Dennis : … Excuse-moi.

    Collègue : As-tu reçu le message du pharmacien?

    Dennis : Non… je n’ai pas vérifié mes messages.

    Collègue : Euh…il semblerait que tu as écrit une prescription pour une triple dose, dans une de tes ordonnances.

    Dennis: (soupire en se tenant la tête)

    Collègue : Tu sais, on s’inquiète tous pour toi…tu as fait beaucoup d’erreurs dernièrement. Dennis!

    Dennis : Ça va, ça va, ça n’arrivera plus.

    Collègue : Ok, mais, est-ce que tu as parlé à quelqu’un au sujet de ta condition… de ton état?

    Dennis : Pourquoi?

    Collègue : Dennis… excuse-moi de te demander ça, mais est-ce que les choses vont bien à la maison?

    Dennis : Euh, je ne sais pas…je n’ai plus d’énergie, rien ne me semble important, Sheila en a assez…et moi je… c’est que j’ai…

    Collègue : Ok, ok, je comprends. Tu sais, je suis vraiment inquiet que tu sois déprimé, tout le monde est inquiet…alors, il faut que je te le demande…as-tu songé à t’enlever la vie?

    Dennis : …Des fois je me demande à quoi je sers, des fois je me dis que ça serait mieux que je ne me réveille pas un de ces matins-là.

    Collègue : Quand tu dis ça, veux-tu dire que tu as songé à une façon de t’enlever la vie?

    Dennis : Non, non, rien comme ça.

    Collègue : Hum…Dennis, tu ne peux pas continuer comme ça, tu ne voudrais pas que tes patients te voient dans un cet état-là…il faut que tu parles à quelqu’un.

    Dennis : À qui? Tout le monde me connaît.

    Collègue : Ah Dennis, il n’y pas de raison d’avoir honte, comme tu le sais, la dépression c’est une maladie. Regarde, si un de tes patients venait te voir, puis qu’il se sentait comme tu te sens en ce moment, tu serais le premier à lui dire qu’il a besoin d’aide, pas vrai? Donc, tu ne peux pas travailler dans cet état-là. Tu comprends?

    Dennis : Oui, tu as raison

    Collègue : Hé, on va t’aider

Commentaires : collègue dépressif

Dans cet extrait, le médecin est cliniquement déprimé et incapable de fonctionner.

  • Quelle est la responsabilité du médecin dont le jugement est affaibli :
    • À l’égard de lui‑même?
    • À l’égard de ses patients?
  • Quelle est la responsabilité du collègue de ce médecin :
    • À l’égard du médecin?
    • À l’égard des patients du médecin?
  • Le comportement présenté constitue‑t‑il l’inconduite professionnelle?
  • À qui le collègue devrait‑il parler de la situation?
  • En quoi la situation serait‑elle différente si le médecin pratiquait seul?
  • Quels services de soutien sont offerts aux médecins dont le jugement est affaibli?

Il est extrêmement difficile de traiter avec un collègue dont le jugement est affaibli ou un collègue incompétent. On a généralement l’impression que les médecins se croient invulnérables et pensent échapper aux maladies qui affectent les autres humains. C’est pourquoi ils ne reconnaissent pas toujours les faiblesses de leur conduite professionnelle qui peuvent être dues à la maladie, à l’âge ou à une dépendance. De plus, même s’ils reconnaissent le problème, la fierté peut les empêcher de demander de l’aide, comme en l’occurrence.

Puisqu’ils exercent une profession autoréglementée, les médecins ont, à l’égard de leurs patients, l’obligation de fournir les soins de la meilleure qualité possible. S’ils ne le peuvent pas en raison d’un problème de santé, l’éthique les oblige à s’assurer que leurs patients seront pris en charge de manière appropriée par d’autres médecins, jusqu’à ce qu’ils puissent le faire eux‑mêmes de nouveau.

On a en outre généralement tendance à croire qu’un médecin ne signalera pas l’incapacité ou l’incompétence possible d’un collègue. « Après tout, je serai peut‑être le suivant. Il ne s’agissait pas vraiment d’incompétence, il a tout simplement fait une erreur. »

Toutefois, comme membre d’une profession autoréglementée qui a un devoir à l’égard de la société, le collègue en question, Tom, se comporte de façon appropriée lorsqu’il discute de la situation avec Dennis. Tom dit qu’il le croit incapable de travailler tant qu’il n’aura pas été traité pour sa dépression. Est‑ce que ce collègue a une responsabilité à l’égard des patients de Dennis? Oui, mais dans le sens où il a une responsabilité générale envers la société, en tant que membre de la profession. Il n’a aucune obligation fiduciaire à l’égard des patients de son collègue.

Que devrait‑il faire si son ami, qui est déprimé, refuse de cesser d’exercer et de demander de l’aide? (Les exigences en matière de signalement varient selon la province et le territoire. Consultez les lignes directrices de votre ordre des médecins pour davantage d’information.) Il est évident, dans notre scénario, que les collègues de Dennis sont au courant de la situation et qu’ils ont accepté de le « couvrir ». Il est impossible de maintenir indéfiniment cette loi du silence. Serait-il nécessaire de parler de la situation à des chefs de programme ou des administrateurs d’un rang plus élevé, qui pourraient être en mesure d’intervenir?

Dans la plupart des provinces et territoires, il existe un programme de santé destiné aux médecins, où les médecins dont le jugement est affaibli peuvent trouver des services de soutien.


 

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