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Santé mentale

Troubles de toxicomanie : alcoolisme

Le sujet de la consommation ou de l’abus d’alcool revient dans de nombreuses conversations entre médecins et patients. On apprend aux médecines à vérifier les habitudes de consommation d’alcool de tous les patients. Le questionnaire ci-dessous (en anglais, le questionnaire CAGE) est couramment utilisé, dans sa forme écrite ou dans sa forme verbale :

  • Avez‑vous déjà senti le besoin de réduire votre consommation d’alcool?
  • Vous êtes‑vous senti irrité parce qu’on vous critiquait au sujet de votre consommation d’alcool?
  • Vous êtes‑vous senti coupable à cause de votre consommation d’alcool?
  • Avez‑vous senti le besoin de consommer de l’alcool dès votre réveil le matin?

Nous proposons trois scénarios au sujet de l’alcool. Le premier concerne une femme âgée, et les deux autres sont deux versions différentes d’une conversation avec une femme enceinte.

La femme âgée qui boit

Une femme âgée consulte son médecin de famille parce qu’elle fait beaucoup de chutes. Elle croit qu’il faut modifier la posologie de son médicament contre l’hypertension.

Analysez la conversation puis faites l’exercice de réflexion.

  • Dr Crane : Mme Alton.

    Mme Alton : Bonjour docteur.

    Dr Crane : Bonjour. Qu’est-ce qui vous amène aujourd’hui? C’est encore trop tôt pour votre rendez-vous de suivi?

    Mme Alton : Je pense avoir des problèmes avec le médicament pour ma haute pression…et mon fils pense que je devrais vivre dans un foyer … il dit que ce n’est pas bon pour moi d’être seule à la maison, ça n’a pas de bon sens.

    Dr Crane : Est-ce qu’il a des raisons de croire que vous ne pouvez pas être autonome ?

    Mme Alton : Il se sent peut-être coupable, parce que c’est moi qui fais tout le jardinage et les petits travaux à la maison, lui, il n’a jamais le temps de m’aider. Je pourrais en faire plus, j’ai toute la journée pour m’occuper de ces choses-là. Lui, il passe à la maison deux ou trois fois par semaine.

    Dr Crane : Mais, il doit bien avoir une raison de douter de votre autonomie, avez-vous tendance à oublier des choses ?

    Mme Alton : Non, mais parfois, je tombe, c’est à cause de ma haute pression que je lui ai dit, mais il ne m’écoute pas.

    Dr Crane : Mme Alton, l’infirmière a pris votre pression quand vous êtes arrivée tantôt, et tout est sous contrôle. Mais vous me dites que vous tombez?

    Mme Alton : Oui, regardez, je suis couverte de bleus et puis je me sens étourdie.

    Dr Crane : Hum…comment étourdie?

    Mme Alton : Bien, je perds mon équilibre et parfois je tombe… je fais des chutes.

    Dr Crane : Est-ce que vous vous sentez comme ça en ce moment?

    Mme Alton : Oh non, je ne serais jamais sortie si c’était le cas… ça semble plutôt se produire en soirée.

    Dr Crane : En soirée ! Mme Alton, buvez-vous encore?

    Mme Alton : Non, mon petit verre de sherry, c’est tout.

    Dr Crane : Mme Alton, on a déjà parlé de tout ça et vous m’aviez promis que vous cesseriez de boire de l’alcool pour pouvoir prendre votre nouveau médicament.

    Mme Alton : C’est-ce que j’ai fait, je ne bois que quelques petites gouttes de sherry.

    Dr Crane : Écoutez, des petites gouttes de sherry, ça reste de l’alcool. Vous buvez combien de verres en soirée à peu près?

    Mme Alton : Pas beaucoup… je sirote un peu en regardant la télé…c’est ennuyant la télé, vous savez…être seule aussi, parce que mon mari est décédé et il n’y a rien d’intéressant à la télé ces jours-ci.

    Dr Crane : Écoutez, Mme Alton, ce n’est pas une bonne idée de boire à votre âge, en plus vous vivez seule et vous faites de la haute pression et c’est peut-être ça qui inquiète votre fils.

Exercice de réflexion

Analysez la conversation en réfléchissant aux questions suivantes :

  • Comment le médecin aurait‑il recueilli de l’information sur la consommation d’alcool de la patiente s’il ne la connaissait pas déjà?
  • La patiente a‑t‑elle compris son problème? Comment le médecin le détermine-t-il?
  • À quelle étape du changement la patiente se situe‑t‑elle? (Selon la méthode Prochaska, présentée dans le module Santé des Autochones.)
  • Quelles techniques le médecin utilise‑t‑il pour faire porter la discussion sur le changement de comportement?
  • Remarquez que le médecin n’utilise pas le questionnaire énoncé au début de cette partie (questionnaire CAGE). S’il avait utilisé ce questionnaire, quel résultat la patiente aurait‑elle obtenue?

La femme enceinte qui boit

Nous présentons deux versions de ce scénario. Visionnez les deux avant de faire « l’exercice de réflexion ».

Une jeune femme consulte sa médecin pour le test prénatal de routine.

  • La femme enceinte qui boit, version nº 1

  • Médecin : Bien, le bébé grandit.

    Patiente : C’est bien.

    Médecin : Et tout semble bien aller de votre côté. Aviez-vous des inquiétudes ou des questions?

    Patiente : En fait, je suis beaucoup plus fatiguée maintenant, avec les enfants de mon mari, puis la grossesse en plus.

    Médecin : Huh…

    Patiente : Et je me demandais, j’ai lu un article, combien d’alcool puis-je consommer pendant la grossesse de façon sécuritaire?

    Médecin : En fait, ce qu’on conseille, c’est de ne pas boire du tout d’alcool du tout là, mais pourquoi? Vous buvez?

    Patiente : Pas beaucoup…

    Médecin : Qu’entendez-vous par ‘’pas beaucoup’’ ? Consommer de l’alcool pendant la grossesse, c’est sérieux. Le syndrome d’alcoolisation fœtale, ça ne vous dit rien ça?

  • La femme enceinte qui boit, version nº 2

  • Médecin : Bien, le bébé grandit.

    Patiente : Oh, super.

    Médecin : Et tout semble bien aller de votre côté également. Dites-moi avez-vous des inquiétudes ou des questions?

    Patiente : Bon bien je suis beaucoup plus fatiguée maintenant avec les deux enfants de mon mari et la grossesse en plus.

    Médecin : Hum, (sourit)

    Patiente : Écoutez, je me demandais, j’ai lu un article, combien d’alcool puis-je consommer pendant la grossesse? De façon sécuritaire?

    Médecin : Bien, en fait, on conseille de ne pas boire du tout. Mais pourquoi? Vous buvez?

    Patiente : Pas beaucoup.

    Médecin : Ok, et qu’entendez-vous par ‘’pas beaucoup’’?

    Patiente : J’ai commencé avec un demi-verre en soirée, maintenant je suis rendue à un verre, parfois deux.

    Médecin : Et quand avez-vous commencé le demi-verre?

    Patiente : Il y a à-peu-près deux mois.

    Médecin : Ok.

    Patiente : Tom travaille de nuit maintenant puis je me sens un peu seule.

    Médecin : Oh, je vois, vous vous ennuyez.

    Patiente : Oui, puis ma voisine elle vient me voir quand les enfants sont couchés, puis ça me fait du bien la compagnie. Le vin m’aide à relaxer.

    Médecin : Et vous faites ça tous les soirs?

    Patiente : La plupart des soirs. Retournons sur cet article dont je vous parlais, il y a question du syndrome d’alcoolisation fœtale, ça m’inquiète un peu, je ne sais pas quoi faire…ce n’est pas que je bois pour me soûler, vous comprenez?

    Médecin : Je comprends, et je suis très heureuse que vous m’en parliez. Écoutez, il est préférable de ne pas boire durant la grossesse, mais …dites-moi, est-ce qu’il vous arrive parfois de prendre plus de deux verres?

    Patiente : Non, je m’arrête toujours à deux, comme je dis, je ne bois pas pour me soûler.

    Médecin : Ok, et quand vous dites un verre, est-ce que je dois comprendre un petit ou un grand verre?

    Patiente : Un verre ordinaire…

    Médecin : D’accord. Est-ce qu’il serait envisageable pour vous boire quelque chose non alcoolisé quand la voisine vous rend visite?

    Patiente : (rires) Oui, mais ça serait moins amusant…puis, j’ai vraiment hâte à sa compagnie et à ses visites et puis … en tout cas, est-ce que le bébé sera affecté?

    Médecin : Bien, à ce jour le bébé grandit, et rien n’indique une insuffisance de poids, ce qui est très bon signe. Mais, ce n’est que lorsque le bébé naîtra qu’on saura s’il y a d’autres conséquences ou non. Voyez-vous les effets de l’alcool sur le bébé ne sont pas toujours évidents sur le coup.

    Patiente : Mais, il faut quand même beaucoup boire, non? Pour que le risque soit grand?

    Médecin : Bien, pas nécessairement. De récentes études démontrent que… il n’y a pas de quantité d’alcool ni même de temps pendant la grossesse qui soit sans risque. Oui, les grands buveurs sont davantage à risque de ce syndrome d’alcoolisation fœtal, mais, ce n’est pas toujours le cas. Voyez-vous, l’alcool dans le sang de la mère traverse le placenta et donc une quantité d’alcool qui peut sembler fort peu pour une femme adulte, s’avère être en fait une concentration très élevée pour le bébé.

    Patiente : J’ai donc mis la santé de mon bébé à risque?

    Médecin : Non, non, non … on n’en sait rien pour l’instant, rien ne sert de vous culpabiliser. Tout le stress que vous ressentez n’est pas bon pour le bébé. J’aimerais bien vous remettre différentes documentations sur les différents sujets discutés, ainsi, vous comprendrez mieux les effets de l’alcool pendant la grossesse, mais j’aimerais surtout vous munir d’outils pour contrer le stress et puis l’ennui que vous ressentez. Est-ce que ça vous va?

    Patiente : Oui, merci.

    Médecin : ça me fait plaisir.

Exercice de réflexion

Remarquez les différences entre les deux conversations entre la patiente enceinte et sa médecin. Vous pouvez revoir l’information concernant la modification du comportement, qui se trouve dans le module Santé des Autochtones.

  • Quelles techniques la médecin utilise‑t‑elle, dans la version n° 1, pour entraîner un changement de comportement?
  • Sauriez‑vous dire, à partir de cette conversation, si la patiente a un problème de dépendance?

Dans la version n° 1, à quelle étape du changement la patiente se situe‑t‑elle?

  • Combien de temps a duré l’intervention?
  • Pensez‑vous que l’intervention donnera des résultats positifs? Sauriez‑vous dire, à partir de cette conversation, si la patiente a un problème de dépendance?

Dans la version n° 2, à quelle étape du changement la patiente se situe‑t‑elle?

  • Combien de temps a duré l’intervention?
  • Pensez‑vous que l’intervention donnera des résultats positifs?
  • Quelle technique la médecin utilise-t-elle pour entamer le processus de modification du comportement?

Les données recueillies montrent que, pour bien des patients, une intervention brève réussit à entraîner une réduction de la consommation d’alcool. Lisez les articles suivants sur l’abus d’alcool :


 

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